Sur un CV français, « TOEIC 850 » a valeur de preuve. C'est court, c'est chiffré, ça se vérifie. Personne ne demande ce que ces 850 points mesurent, ni ce qu'ils ne mesurent pas.

La réponse est publique. ETS, l'organisme qui édite le test, publie chaque année un rapport mondial sur ses candidats : effectifs, scores moyens par pays d'origine, profil, usage déclaré de l'anglais. Ces documents ne sont pas des plaquettes commerciales, ce sont des tableaux. Lus ensemble, ils décrivent un test très bien construit pour ce qu'il fait — et systématiquement utilisé pour ce qu'il ne fait pas.

L'enquête en 30 secondes

Source — Le Journal LSI — voix de synthèse (prévisualisation)

Que mesure exactement le TOEIC Listening & Reading ?

Deux choses, et deux seulement : la compréhension orale et la compréhension écrite. Le format est un questionnaire à choix multiples de 200 questions, 100 d'écoute et 100 de lecture, chaque section notée de 5 à 495 points, pour un total compris entre 10 et 990.

Ce que le candidat ne fait jamais pendant l'épreuve : parler, écrire une phrase, formuler une idée, répondre à une objection, reprendre une consigne mal comprise. Aucune production n'est produite, donc aucune production n'est évaluée. ETS le sait parfaitement, puisque l'organisme commercialise deux autres tests pour cela — le TOEIC Speaking et le TOEIC Writing, notés chacun de 0 à 200, et vendus séparément.

L'ambiguïté ne vient donc pas d'ETS, qui nomme ses tests par les compétences qu'ils couvrent. Elle vient de l'usage : en France, « le TOEIC » désigne presque toujours le Listening & Reading seul, et c'est ce score-là qu'un recruteur lit comme un niveau d'anglais général.

Où se situent réellement les candidats français ?

Dans le rapport mondial portant sur l'année 2025, les candidats dont le pays d'origine déclaré est la France obtiennent une moyenne de 383 points en compréhension orale et 336 en compréhension écrite, soit 719 points au total, avec un écart-type de 203 points.

Score moyen au TOEIC Listening & Reading, 2025

Source — ETS. (2026). 2025 Report on Test Takers Worldwide — TOEIC Listening & Reading Tests, Table 1 : Mean Performance by Native Country. Seuls les pays comptant plus de 500 candidats figurent dans la table.

Ce 719 doit être lu avec la table de correspondance publiée par ETS, qui associe des scores minimaux aux niveaux du Cadre européen commun de référence : 550 points pour entrer dans le B1, 785 pour le B2, 945 pour le C1. La moyenne française se situe donc dans le B1, à 66 points du seuil B2 — celui qu'ETS présente lui-même comme « fréquemment exigé par les établissements d'enseignement supérieur et les entreprises ».

Deux précautions s'imposent avant d'en tirer une conclusion nationale. D'abord, ces moyennes ne décrivent pas la population française mais les Français qui passent le TOEIC, population très largement étudiante. Ensuite, ETS avertit explicitement que ces seuils sont des recommandations issues d'une étude de calibrage — le standard setting conduit par Tannenbaum et Wylie en 2006 — et qu'il ne recommande pas de les appliquer strictement.

Un second chiffre, moins commenté, complète le tableau : le baromètre France publié par ETS Global donnait des scores moyens de 719 en 2018, 726 en 2019 et 734 en 2020 pour les tests passés sur le territoire. Il ne s'agit pas de la même population que celle du rapport mondial — l'une est définie par le pays où le test est passé, l'autre par le pays d'origine déclaré du candidat. Les deux séries convergent néanmoins sur le même ordre de grandeur : autour de 720 points.

Pourquoi les Français passent-ils le TOEIC ?

Le même baromètre pose la question directement. Entre 2018 et 2020, selon l'année, 65 à 73 % des candidats déclarent passer le test pour valider un diplôme académique. La recherche d'emploi ne motive que 8 à 11 % d'entre eux, la promotion professionnelle 5 à 7 %.

Pourquoi les candidats passent-ils le TOEIC en France ?

Source — ETS Global. Baromètre France des candidats au test TOEIC, 2018-2020. Les valeurs affichées sont les bornes hautes des fourchettes observées sur les trois années.

Ce résultat déplace entièrement le sujet. Le TOEIC n'est pas, en France, un instrument de marché du travail : c'est un droit de passage vers le diplôme, imposé par des écoles d'ingénieurs et de commerce qui en ont fait une condition de délivrance. Le candidat type n'optimise pas son anglais professionnel, il franchit une barre administrative. Et l'on n'optimise pas de la même façon selon qu'on prépare une barre ou un métier.

Le rapport mondial 2025 confirme ce profil à l'échelle internationale : 58 % des candidats sont étudiants à temps plein, 43 % ont entre 21 et 25 ans.

Un QCM peut-il prédire ce que vous direz en réunion ?

C'est la question décisive, et elle a une réponse chiffrée, parce qu'ETS publie aussi les résultats du TOEIC Speaking. Dans le rapport 2025, la France affiche une moyenne de 124 points sur 200 à l'oral, avec un écart-type de 37. Israël est à 162, les Philippines à 154, Taïwan et le Costa Rica à 147, l'Espagne à 140.

Ce que disent les tableaux d'ETS

0 / 990

Score moyen des candidats de nationalité française, compréhension

0 / 990

Score minimal associé au niveau B2 par ETS

0 / 200

Score moyen de la France au TOEIC Speaking

0 %

Candidats déclarant utiliser l'anglais 1 à 10 % du temps

Source — ETS. (2026). 2025 Report on Test Takers Worldwide, rapports TOEIC Listening & Reading et TOEIC Speaking & Writing ; ETS Global, Mapping Table TOEIC Listening and Reading Test Scores and the CEFR Levels.

Ce dernier chiffre est le plus instructif de tout le rapport : 40 % des candidats déclarent n'utiliser l'anglais qu'entre 1 et 10 % de leur temps. Autrement dit, une part massive de ceux qui certifient leur anglais professionnel ne l'exercent pas professionnellement. Le test mesure alors ce qu'il peut mesurer chez eux : une compétence de compréhension entretenue par la scolarité et la préparation, déconnectée de tout usage.

Attention toutefois à ne pas confondre les populations : les candidats du Speaking ne sont pas les mêmes que ceux du Listening & Reading, et le tableau du Speaking est organisé par pays de passation, non par pays d'origine. On ne peut pas soustraire l'un de l'autre pour obtenir un « écart compréhension-production » français. Ce que l'on peut dire, en revanche, est plus simple et suffit : un score de compréhension ne contient aucune information directe sur la production, et la seule mesure de production disponible place la France dans la moitié basse du tableau.

Combien coûte la certification, et qui la paie ?

Le TOEIC Listening & Reading et le TOEIC Speaking & Writing sont facturés 132 € chacun au tarif standard, la formule 4 Skills qui réunit les quatre compétences 216 €. Un tarif réduit de 17 € s'applique sur justificatif aux étudiants, demandeurs d'emploi et militaires.

Le financement public s'est resserré. Depuis le 20 février 2026, à la suite de la loi de finances pour 2026, les droits mobilisables sur le compte personnel de formation sont plafonnés à 1 500 € pour les formations préparant à une certification enregistrée au répertoire spécifique — catégorie dont relèvent les certifications de langue. Le décret n° 2026-127 du 24 février 2026 fixe les conditions de ce plafonnement.

Ce plafond change la nature de l'arbitrage. Tant que le CPF couvrait des parcours longs, la question « combien d'heures avant de passer le test » restait théorique. À 1 500 €, elle devient un choix explicite entre payer la préparation ou payer le test.

Que vaut un score TOEIC pour un recruteur ?

Trois limites méritent d'être connues avant d'en faire un critère de sélection.

La première est de périmètre : un score Listening & Reading n'atteste d'aucune production. Un recruteur qui cherche quelqu'un capable de tenir une réunion, d'écrire un compte rendu ou de négocier un contrat lit le mauvais indicateur, même quand il est excellent.

La deuxième est de dispersion. L'écart-type français est de 203 points sur le total. Un score isolé de 780 ne se distingue pas statistiquement d'un 800 : les seuils d'ETS sont des points de coupure recommandés, pas des frontières physiques, et l'organisme demande lui-même qu'on ne les applique pas strictement.

La troisième est temporelle. Un score n'est pas un diplôme : il décrit un état à une date. Sur ce point les données publiques sont muettes pour le TOEIC lui-même, mais la littérature sur la déperdition linguistique est claire — une compétence non pratiquée décline, et un certificat obtenu il y a quatre ans ne dit rien de l'année en cours.

Ce que cette enquête n'a pas pu établir

Trois trous, nommés.

Le nombre exact de candidats français au TOEIC n'est pas public. ETS communique des ordres de grandeur mondiaux et un baromètre France qui ne donne pas d'effectif. Aucun chiffre national vérifiable n'a pu être retenu ici.

La corrélation entre score TOEIC et performance réelle au travail n'a pas pu être documentée sur des données françaises. Les travaux de validité prédictive existent, mais ils sont produits pour l'essentiel par l'éditeur du test, ce qui pose un problème d'indépendance que cette enquête ne peut pas lever.

Enfin, aucun chiffre fiable n'a pu être obtenu sur la proportion d'écoles françaises exigeant un score TOEIC pour la délivrance du diplôme, ni sur le seuil qu'elles retiennent. Les 65 à 73 % de candidats qui passent le test pour valider un diplôme suggèrent que cette exigence est massive, sans permettre de la quantifier.

FAQ

Un score de 719 au TOEIC correspond-il à quel niveau du CECRL ?

Selon la table de correspondance publiée par ETS, 719 points se situent dans le niveau B1, qui commence à 550 points. Le B2 commence à 785 et le C1 à 945. ETS précise que ces seuils sont issus d'une étude de calibrage et recommande de ne pas les appliquer de façon rigide, et de considérer séparément les scores de compréhension orale et écrite plutôt que le total.

Le TOEIC évalue-t-il l'expression orale ?

Non. Le TOEIC Listening & Reading est un QCM de compréhension : le candidat n'y parle ni n'y écrit. L'expression relève de deux autres tests, le TOEIC Speaking et le TOEIC Writing, notés de 0 à 200 chacun et facturés séparément. En 2025, la moyenne de la France au TOEIC Speaking s'établit à 124 points sur 200.

Combien coûte le TOEIC et le CPF le finance-t-il encore ?

Le tarif standard est de 132 € pour le Listening & Reading comme pour le Speaking & Writing, et de 216 € pour la formule 4 Skills, avec 17 € de réduction sur justificatif pour les étudiants, demandeurs d'emploi et militaires. Depuis le 20 février 2026, les droits CPF mobilisables pour une certification du répertoire spécifique — ce qui inclut les certifications de langue — sont plafonnés à 1 500 €.

Pourquoi les Français passent-ils le TOEIC ?

D'après le baromètre France d'ETS Global sur 2018-2020, 65 à 73 % des candidats le passent pour valider un diplôme académique, 8 à 11 % dans le cadre d'une recherche d'emploi et 5 à 7 % pour une promotion. Le test fonctionne donc principalement comme une condition de délivrance de diplôme dans l'enseignement supérieur français.

L'enquête en slides

Sur un CV, « TOEIC 850 » a valeur de preuve. Personne ne demande ce que ces points mesurent — ni ce qu'ils ne mesurent pas.
1. Sur un CV, « TOEIC 850 » a valeur de preuve. Personne ne demande ce que ces points mesurent — ni ce qu'ils ne mesurent pas.
Le TOEIC Listening & Reading est un questionnaire à choix multiples de 200 questions. Le candidat n'y parle jamais et n'y écrit pas une ligne.
2. Le TOEIC Listening & Reading est un questionnaire à choix multiples de 200 questions. Le candidat n'y parle jamais et n'y écrit pas une ligne.
Les candidats de nationalité française obtiennent 719 points sur 990 en 2025, selon le rapport mondial publié par ETS.
3. Les candidats de nationalité française obtiennent 719 points sur 990 en 2025, selon le rapport mondial publié par ETS.
Or la table de correspondance d'ETS place le seuil du niveau B2 à 785 points. La moyenne française reste donc dans le B1.
4. Or la table de correspondance d'ETS place le seuil du niveau B2 à 785 points. La moyenne française reste donc dans le B1.
À l'oral, mesuré par un test vendu séparément, la France est à 124 points sur 200. Israël est à 162, les Philippines à 154.
5. À l'oral, mesuré par un test vendu séparément, la France est à 124 points sur 200. Israël est à 162, les Philippines à 154.
Quarante pour cent des candidats déclarent n'utiliser l'anglais qu'entre 1 et 10 % de leur temps de travail.
6. Quarante pour cent des candidats déclarent n'utiliser l'anglais qu'entre 1 et 10 % de leur temps de travail.
En France, 65 à 73 % des candidats passent le test pour valider un diplôme. Seuls 8 à 11 % le font pour chercher un emploi.
7. En France, 65 à 73 % des candidats passent le test pour valider un diplôme. Seuls 8 à 11 % le font pour chercher un emploi.
Le tarif standard est de 132 euros par test. Depuis février 2026, le CPF plafonne ces certifications à 1 500 euros.
8. Le tarif standard est de 132 euros par test. Depuis février 2026, le CPF plafonne ces certifications à 1 500 euros.
L'enquête complète, chiffres et sources, sur Le Journal LSI.
9. L'enquête complète, chiffres et sources, sur Le Journal LSI.
Source — Le Journal LSI