Tapez « phrases anglais réunion » dans un moteur de recherche et vous obtiendrez des dizaines de listes interchangeables. Cinquante formules, cent formules, deux cents formules. Aucune ne cite de source. Aucune ne dit d'où viennent les phrases, ni sur quel corpus elles ont été relevées, ni quelle recherche établirait qu'apprendre une liste change quoi que ce soit à une réunion.
Ce vide documentaire est d'autant plus étrange que le sujet est, lui, l'un des mieux étudiés de la linguistique appliquée depuis trente ans. La question du rôle des blocs préfabriqués dans la fluence a produit des corpus, des expériences contrôlées, des listes validées statistiquement — et quelques résultats franchement inconfortables pour l'industrie des « phrases qui changent tout ».
Cette enquête regarde ce que la recherche publiée établit réellement, ce qu'elle n'établit pas, et ce que les grilles d'examen mesurent quand un candidat récite. Elle se termine par une sélection de formulations, mais uniquement celles que des corpus publics documentent.
L'enquête en 30 secondes
Que sait-on de la part de langue préfabriquée dans un échange oral ?
Le point de départ n'est pas contesté. Depuis les travaux de John Sinclair sur les corpus dans les années 1980, la linguistique distingue deux modes de production : le principe de choix ouvert, où le locuteur assemble mot à mot selon la grammaire, et le principe idiomatique, où il puise dans un stock de blocs déjà constitués.
Britt Erman et Beatrice Warren ont chiffré la part de chacun dans un article de 2000 publié dans la revue Text. En analysant des échantillons d'anglais authentique, elles concluent que les séquences préfabriquées constituent 58,6 % du discours parlé et 52,3 % du discours écrit. Autrement dit : plus de la moitié de ce que dit un anglophone n'est pas construit sur le moment.
Ce résultat n'est pas isolé, mais il n'est pas non plus consensuel dans son ampleur. Douglas Biber et ses collègues, dans la grammaire de référence Longman Grammar of Spoken and Written English (1999), trouvent que 30 % des mots de leur corpus de conversation appartiennent à des lexical bundles, et 21 % de leur corpus de prose académique.
Part de langue préfabriquée dans le discours anglais selon deux méthodes
L'écart entre 58,6 % et 30 % n'est pas une erreur : c'est une divergence de définition. Erman et Warren retiennent toute combinaison qu'un natif préfère à une alternative équivalente, y compris des collocations transparentes. Biber et ses collègues ne comptent que des suites de mots dépassant un seuil de fréquence. La première mesure une préférence, la seconde une récurrence. Les deux disent la même chose sur le fond, avec deux thermomètres différents.
Le principe théorique remonte plus loin encore : Andrew Pawley et Frances Hodgetts Syder posaient dès 1983 les deux énigmes que l'apprentissage par blocs prétend résoudre — la sélection native, c'est-à-dire le fait de choisir la formulation que les natifs choisissent parmi mille possibles grammaticalement correctes, et la fluence native, c'est-à-dire la production de longues séquences sans pause de planification.
La recherche prouve-t-elle qu'apprendre des formules rend plus fluent ?
C'est ici que le socle se rétrécit brutalement.
L'étude la plus souvent invoquée est celle de Frank Boers, June Eyckmans, Jenny Kappel, Hélène Stengers et Murielle Demecheleer, publiée en 2006 dans Language Teaching Research. Le protocole est net : 32 étudiants d'anglais, répartis en un groupe expérimental de 17 et un groupe témoin de 15, exposés pendant 22 heures d'enseignement aux mêmes documents authentiques. Dans le groupe expérimental, l'attention est explicitement attirée sur les combinaisons figées ; dans le groupe témoin, on maintient la séparation traditionnelle grammaire-lexique.
Résultat : deux juges en aveugle ont trouvé le groupe expérimental plus compétent à l'oral que le groupe témoin, et deux autres juges en aveugle, comptant les séquences formulaïques produites, ont obtenu des décomptes qui corrèlent bien avec les notes de compétence.
C'est un résultat réel. Il faut aussi dire ce qu'il n'est pas. Trente-deux participants, un seul établissement, un seul couple de langues, une mesure de compétence perçue par des juges humains et non un test standardisé. Les auteurs eux-mêmes qualifient leur travail d'expérience à petite échelle. Vingt ans plus tard, c'est encore la référence la plus citée du domaine — ce qui en dit long sur le volume de preuves disponibles.
Une nuance de terrain vient d'ailleurs compliquer l'affaire. Les travaux de corpus sur l'anglais comme langue véhiculaire montrent que les locuteurs non natifs stockent et réutilisent les blocs d'organisation de l'interaction comme le font les natifs — et qu'ils emploient en réalité les blocs les plus courants plus souvent que les natifs. Le déficit supposé n'en est peut-être pas un ; le problème serait plutôt une concentration excessive sur un petit nombre de formules.
Qui parle anglais en réunion, et à qui ?
L'argument implicite des listes est qu'il faut « parler comme un natif ». En Europe, cet objectif s'appuie sur une population statistiquement résiduelle.
L'Eurobaromètre spécial 540, enquête menée par Verian pour la Commission européenne auprès de 26 523 personnes en septembre-octobre 2023 et publiée en mai 2024, donne le chiffre décisif. Après la sortie du Royaume-Uni, la part des Européens dont l'anglais est la langue maternelle est passée de 13 % en 2012 à 2 % en 2023. Dans le même temps, 47 % des Européens déclarent parler assez bien l'anglais pour tenir une conversation, soit cinq points de plus qu'en 2012.
L'anglais dans l'Union européenne après le Brexit
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Européens capables de tenir une conversation en anglais, contre 42 % en 2012
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Européens dont l'anglais est la langue maternelle, contre 13 % en 2012
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Européens utilisant régulièrement leur première langue étrangère dans des conversations au travail
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Personnes interrogées dans les 27 États membres
Le rapport est donc d'environ vingt-trois locuteurs non natifs pour un natif dans l'Union. Une réunion européenne en anglais est, statistiquement, une réunion entre non-natifs — et c'est exactement l'objet du corpus VOICE, le Vienna-Oxford International Corpus of English, un million de mots transcrits, environ 120 heures d'enregistrements, quelque 1 250 locuteurs issus d'une cinquantaine de langues premières, dont une partie relève du domaine professionnel.
Côté usage, l'Eurobaromètre 540 mesure que 28 % des Européens utilisent régulièrement leur première langue étrangère dans des conversations au travail. L'enquête européenne sur l'éducation des adultes exploitée par Eurostat pour 2022 complète le tableau : 25,3 % des 25-64 ans dans l'Union ne connaissent aucune langue étrangère, 37,6 % en connaissent une, 24,7 % deux et 12,3 % trois ou plus. Parmi ceux qui en connaissent au moins une, 28 % se déclarent au niveau le plus élevé dans leur meilleure langue étrangère.
Traduction pour une salle de réunion : la majorité des participants n'est ni native ni experte. Ce n'est pas la fluidité native qui décide de l'issue de la réunion, c'est l'intelligibilité mutuelle.
Que mesurent réellement les tests de compétence orale ?
Si les formules toutes faites faisaient gagner des points, cela se verrait dans les grilles d'évaluation. C'est l'inverse qui est écrit.
Les descripteurs publics de l'épreuve orale de l'IELTS, publiés par Cambridge, gradent le critère « fluidité et cohérence » de 0 à 9. Le passage sur les connecteurs est explicite, et il faut le lire dans l'ordre.
Au niveau 5, le candidat « peut sur-utiliser certains connecteurs et marqueurs de discours » — may over-use certain connectives and discourse markers. Au niveau 6, il « utilise une gamme de connecteurs et de marqueurs de discours, mais pas toujours de façon appropriée ». Au niveau 7, il « utilise une gamme de connecteurs et de marqueurs de discours avec une certaine souplesse ». Au niveau 9, il « utilise la langue idiomatique de façon naturelle et exacte ».
La progression ne va donc pas de zéro formule à cinquante formules. Elle va de l'emploi rigide et répétitif à l'emploi souple et approprié. Un candidat qui déverse ses amorces mémorisées coche précisément la case du niveau 5.
Le point est encore plus net plus bas dans la grille. Au niveau 3, le descripteur mentionne un candidat qui « s'appuie sur des énoncés apparemment mémorisés » et qui « fait de nombreuses erreurs sauf dans les expressions mémorisées ». Au niveau 2, il « ne produit que des mots isolés ou des énoncés mémorisés ». Dans la grammaire de l'examen, la récitation n'est pas un raccourci vers le haut : c'est un marqueur du bas.
Pourquoi les listes de cinquante phrases circulent-elles sans preuve ?
Parce que produire une liste valide coûte cher, et que produire une liste plausible ne coûte rien.
Comparez les méthodes. Pour établir la PHRASE List, Ron Martinez et Norbert Schmitt ont interrogé le British National Corpus, corpus équilibré de 100 millions de mots dont 10 millions d'oral, à l'aide de WordSmith Tools. Ils en ont extrait tous les n-grammes de deux à quatre mots répétés au moins cinq fois : plus de 4,2 millions de séquences. Après six critères de sélection portant notamment sur l'opacité sémantique et sur le statut d'unité lexicale, il en reste 505, publiées en 2012 dans Applied Linguistics.
Ce que coûte une liste de formules réellement validée
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Mots du British National Corpus interrogés pour la PHRASE List
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N-grammes de deux à quatre mots extraits avant tout filtrage
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Expressions finalement retenues dans la PHRASE List publiée
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Formules de l'oral retenues dans l'Academic Formulas List de Simpson-Vlach et Ellis
Rebecca Simpson-Vlach et Nick C. Ellis ont suivi une logique voisine pour l'Academic Formulas List, publiée en 2010 : 2,15 millions de mots de parole académique — le corpus MICASE de l'université du Michigan plus des fichiers oraux du BNC — comparés à 2,9 millions de mots de conversation ordinaire issus du corpus Switchboard. Les formules retenues devaient atteindre au moins dix occurrences par million de mots dans une majorité de sous-corpus, puis être classées par une combinaison de fréquence et d'information mutuelle. Résultat : 979 formules pour l'oral, 712 pour l'écrit, 207 communes aux deux.
Une liste de cinquante phrases publiée sans corpus, sans seuil, sans méthode et sans date ne relève pas de la même activité. Elle relève de l'intuition mise en page. Elle n'est pas nécessairement fausse — beaucoup de ces phrases sont effectivement usuelles — mais rien ne permet de le vérifier, et surtout rien ne permet de savoir ce qui manque.
Quelles formulations sont réellement documentées par les corpus ?
Voici la partie utile, et elle est plus courte qu'une liste marketing parce qu'elle ne contient que des items relevés dans des corpus publiés. Les blocs qui suivent viennent de l'Academic Formulas List de Simpson-Vlach et Ellis, sauf mention contraire, et sont reproduits dans leur classement fonctionnel d'origine.
Ouvrir, introduire un point, orienter le regard. first of all · I have a question · let's look at · take a look at · if you look at · what I want to · I'll show you · we're looking at · when you look at
Recadrer, revenir en arrière, reformuler. go back to the · come back to · we were talking about · we've talked about · what I'm saying · what you're saying · what I'm talking about · in other words · I mean if
Atténuer, nuancer, ne pas verrouiller. it could be · it might be · a kind of · in a sense · a little bit · you might want to · might be able to · it looks like · it doesn't matter
Vérifier qu'on est compris, et qu'on comprend. does that make sense · you know what I mean · what do you mean · what does that mean · do you know what · see what I'm saying · any questions about
Cadrer l'action et distribuer les tâches. we need to · we have to · it has to be · make sure that · keep in mind · you don't need to · doesn't have to be · do you want me to · I want you to
Expliquer, conclure, relier. the reason why · in order to · as a result of · so that the · it turns out that · end up with · came up with · at the same time · as well as
Les blocs de très haute fréquence que la PHRASE List place en tête pour l'anglais général : have to · there is · such as · going to · of course · a few · at least · I mean · a lot. Et, pour l'oral spécifiquement, le classement de Shin et Nation établi sur la partie orale du BNC place en tête you know, I think, a bit, used to, as well, a lot of, in fact.
Une réserve doit accompagner cette sélection, et elle est de taille. L'Academic Formulas List décrit la parole académique, pas la réunion d'entreprise. Le corpus de référence pour cette dernière existe — le Cambridge and Nottingham Business English Corpus, un million de mots de réunions réelles analysé par Michael Handford — et ses travaux avec Michael McCarthy montrent que les fonctions les plus caractéristiques de l'anglais des réunions sont la spéculation, l'atténuation, le flou volontaire, la référence aux objectifs collectifs, la protection de la face et la directive. Mais ce corpus n'est pas librement consultable, et sa liste d'items n'est pas publiée en accès ouvert. Toute liste qui prétend décrire précisément la réunion s'appuie donc, au mieux, sur un voisinage.
Comment s'en servir sans tomber dans le piège que les examens sanctionnent ?
Trois conclusions se dégagent de ce que la recherche établit, et une seule concerne l'apprentissage par cœur.
La première : le stock compte moins que la variété. Le descripteur du niveau 7 de l'IELTS ne demande pas plus de connecteurs que celui du niveau 5, il en demande un usage plus souple. Mémoriser dix amorces et les alterner mécaniquement produit exactement le profil du niveau 5. Le critère mesuré est l'adéquation, pas le volume.
La deuxième : la fonction prime sur la phrase. Les listes de corpus publiées sont classées par fonction pragmatique — atténuer, recadrer, vérifier la compréhension — précisément parce que la même fonction admet plusieurs réalisations. Retenir la fonction et deux ou trois façons de la remplir est plus robuste que retenir une phrase unique qui ne conviendra pas au registre du jour.
La troisième : l'interlocuteur n'est probablement pas natif. Avec 2 % de locuteurs natifs et 47 % de locuteurs non natifs dans l'Union, la formule idiomatique brillante a une probabilité non négligeable de ne pas être comprise. La recherche sur l'anglais véhiculaire suggère que les non-natifs s'appuient sur un noyau de blocs très fréquents plus encore que les natifs. Viser ce noyau est un calcul défendable ; viser l'expression rare l'est moins.
Ce que cette enquête n'a pas pu établir
Quatre limites, et elles pèsent sur la conclusion.
Aucune étude publiée ne mesure l'effet d'un apprentissage de formules sur des indicateurs de réunion — décisions obtenues, temps de parole, influence perçue par les pairs. Toute la littérature disponible mesure de la compétence linguistique, pas de la performance professionnelle. Le lien entre les deux est plausible ; il n'est pas documenté.
La base expérimentale reste mince. Une expérience contrôlée sur 32 participants, en 2006, ne suffit pas à établir une relation causale robuste, et aucune méta-analyse ne consolide spécifiquement l'enseignement des séquences formulaïques.
Les listes de corpus disponibles en accès ouvert décrivent l'anglais général et l'anglais académique. Le corpus dédié aux réunions d'affaires n'est pas public, et son inventaire d'expressions non plus. La sélection proposée plus haut est donc une approximation assumée.
Enfin, aucune donnée publique ne dit quelle proportion des réunions professionnelles se tient en anglais entre non-natifs. On peut le déduire de la structure linguistique de l'Union — 2 % de natifs, 47 % de locuteurs — mais la déduction n'est pas une mesure, et personne ne la produit.
FAQ
Apprendre des expressions toutes faites améliore-t-il vraiment l'anglais oral ?
Une seule expérience contrôlée le soutient sérieusement : Boers et ses collègues, en 2006, sur 32 étudiants, avec des juges en aveugle qui ont perçu le groupe entraîné aux séquences formulaïques comme plus compétent. Le résultat est réel mais fragile — petit échantillon, mesure perçue, aucune réplication à grande échelle depuis.
Pourquoi les grilles d'examen pénalisent-elles les formules toutes faites ?
Elles ne pénalisent pas les formules, elles pénalisent leur rigidité. Les descripteurs publics de l'oral IELTS placent au niveau 5 le candidat qui sur-utilise certains connecteurs, et au niveau 7 celui qui en emploie une gamme avec souplesse. Aux niveaux 2 et 3, la grille cite explicitement les énoncés mémorisés comme un signe de faiblesse.
Quelle part de l'anglais parlé est réellement préfabriquée ?
Cela dépend de la définition retenue. Erman et Warren aboutissent à 58,6 % du discours parlé avec une définition large fondée sur la préférence des natifs ; Biber et ses collègues à environ 30 % des mots de leur corpus de conversation avec une définition strictement fréquentielle. Les deux ordres de grandeur sont cohérents, les méthodes ne le sont pas.
Où trouver des listes d'expressions anglaises réellement validées par des corpus ?
Trois listes publiées font référence : la PHRASE List de Martinez et Schmitt (505 expressions tirées du British National Corpus), l'Academic Formulas List de Simpson-Vlach et Ellis (979 formules pour l'oral, tirées de MICASE et du BNC), et le classement des collocations orales de Shin et Nation. Aucune n'est spécifique aux réunions d'entreprise.
L'enquête en slides









