Cette année, j'ai vu deux de mes étudiants changer de niveau en anglais. Je les appellerai G. et J. Le premier tournait autour de 400 points au TOEIC ; un an plus tard, il avait dépassé les 700. Le second était autour de 500 ; en quelques semaines de travail très intense, il s'est rapproché des 700, puis les a franchis. Sur LinkedIn, j'ai parlé d'« un miracle ». C'était le ton d'un post. Ce n'est pas un miracle, et c'est ce qui m'intéresse.
Car ce qui m'a frappé n'est pas tellement le score. C'est ce qu'ils ont fait entre les deux. Ils ont pris des cours, travaillé énormément, sont partis à l'étranger, même pour quelques semaines. Ils avaient une échéance, ils ont identifié leurs lacunes, puis ils les ont attaquées une par une. Et surtout, ils ont arrêté de raconter leur niveau d'anglais comme une fatalité. J'en ai tiré une leçon : la régularité compte, le travail compte, mais l'intention donne une direction aux deux.
Deux personnes ne sont pas un échantillon, et une leçon n'est pas une preuve. Leurs scores sont des ordres de grandeur que je rapporte comme leur formateur, sans relevé officiel à l'appui, et mon post ne dit rien de ceux qui ont travaillé sans obtenir autant. Rien de ce qui suit ne permet de promettre un gain à qui que ce soit. Cette enquête pose deux questions aux sources : une telle progression est-elle exceptionnelle ? Et, parmi ce que ces deux étudiants ont fait, qu'est-ce que la recherche sait relier à un progrès ?
Que représente vraiment un écart de 200 à 300 points au TOEIC ?
Le TOEIC Listening & Reading est un questionnaire à choix multiples en deux sections, compréhension orale et compréhension écrite. Chacune est notée de 5 à 495 points, pour un total de 10 à 990. Le candidat n'y parle pas et n'y écrit pas : tout ce qui suit concerne la compréhension.
Un score n'est jamais un point fixe. ETS, l'organisme américain qui conçoit le test, l'écrit dans le manuel remis aux candidats : celui qui passerait plusieurs versions du test en peu de temps obtiendrait des scores dispersés autour d'une valeur centrale, son « score vrai », et deux fois sur trois chaque section tomberait à moins de 25 points de cette valeur. C'est l'erreur type de mesure, la marge d'imprécision normale d'un résultat.
Pour comparer deux passages, le manuel donne un second chiffre : l'erreur type de différence, environ 35 points par section. Son exemple est celui d'un candidat passé de 300 à 340 points en compréhension orale après une formation : 40 points sortent de la bande de 35, le progrès est vraisemblablement réel. Si l'on suppose les erreurs des deux sections indépendantes, cela donne une cinquantaine de points sur le score total ; c'est un calcul de cette enquête, ETS ne publiant le chiffre que par section.
Lire un score au TOEIC Listening & Reading : les repères publiés par ETS
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Erreur type de mesure, pour chacune des deux sections
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Erreur type de différence entre deux passages, par section
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Score total minimal associé au niveau B1
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Score total minimal associé au niveau B2
Une source indépendante donne un chiffre plus élevé. En 1995, Marshall Childs, analysant les scores de 113 jeunes recrues d'une entreprise japonaise testées quatre fois en moins d'un an, estime l'erreur type de mesure à 43 points sur le score total. L'écart tient à la population et à la méthode : un groupe de débutants, et une formule de fiabilité dont il rappelle qu'elle tend à la sous-estimer.
Avec le chiffre d'ETS, 200 points représentent quatre fois la marge d'incertitude entre deux passages, et 300 points six fois. Avec l'estimation de Childs, on reste au-delà de trois fois. Les deux progressions de mon post ne sont pas un artefact de mesure.
Reste à savoir ce qu'elles valent en niveau. ETS publie une table de correspondance avec le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), l'échelle qui va de A1 à C2, issue d'une étude de calibrage menée avec 22 experts de 10 pays européens. Les seuils sont de 225 points pour A2, 550 pour B1, 785 pour B2 et 945 pour C1. ETS précise que ce sont des repères, pas des barres rigides.
Lus avec cette table, 400 points comme 500 se situent dans le niveau A2, celui de l'utilisateur élémentaire. Sept cents points se situent dans le B1, à 85 points du seuil B2. G. et J. sont donc passés, en gros, de A2 à un B1 confirmé. C'est un vrai changement de niveau. Ce n'est pas un changement de monde : dans le rapport mondial d'ETS portant sur 2025, les candidats dont le pays d'origine est la France obtiennent en moyenne 719 points. Mes deux étudiants ont à peu près rejoint cette moyenne, en partant de très loin en dessous.
Combien d'heures de travail un tel gain demande-t-il ?
Il existe une table, très citée, qui prétend répondre. Elle vient d'un article signé Y. Saegusa et paru en 1985 dans Musashino English and American Literature, la revue d'une université de Tokyo. Cette enquête n'a pas pu consulter l'article d'origine. La table est reprise ici telle qu'Oxford University Press l'a adaptée en 2007 dans un guide pour enseignants, qui la présente comme une « estimation grossière » du nombre moyen d'heures d'étude nécessaires pour passer d'un score à un autre.
Heures d'étude estimées pour atteindre un score cible en partant de 450 points au TOEIC
Le même guide rapporte un autre résultat de Saegusa : dans des formations de plus de 200 heures, le gain moyen n'était que de 110 points.
Pour un trajet comme celui de G., de 350 à 650 ou de 450 à 750 points, elle compte 700 heures : environ 13 heures et demie par semaine pendant un an, près de deux heures par jour, dimanches compris. Pour un trajet comme celui de J., de 450 à 650 ou de 550 à 750, elle compte 450 heures, soit près de treize semaines à 35 heures. « Quelques semaines », même très intenses, n'y suffisent pas. Trois explications sont possibles, sans s'exclure : J. savait déjà plus d'anglais que son premier score ne le montrait ; la table surestime le temps nécessaire ; une partie du gain tient à autre chose qu'à un apprentissage nouveau.
Cette table a des limites sérieuses. Elle a plus de quarante ans. Elle a été publiée au Japon et, selon toute vraisemblance, construite sur des apprenants japonais. Elle est antérieure à la refonte du test, intervenue en mai 2006. Et elle ne distingue pas les heures de cours du travail personnel.
Un résultat plus solide la conforte sur l'essentiel. Dans un rapport de recherche du programme TOEIC, R. F. Boldt et S. J. Ross ont réuni plus de 3 200 dossiers de scores avant et après formation, issus de 36 programmes d'entreprises et d'organismes de formation japonais et coréens. Leur conclusion : le gain est d'abord associé au nombre total d'heures d'enseignement, qu'elles soient concentrées ou étalées.
Deux réussites disent-elles quelque chose de la règle ?
Non, et c'est le point où mon post est le plus fragile. Ceux qui ont travaillé sans décoller ne donnent lieu à aucun post. C'est le biais du survivant : on ne voit que ceux qui sont arrivés, et l'on en déduit que le chemin mène quelque part.
Pour connaître la règle, il faut des données sur tout le monde. ETS en a publié en 2017. Youhua Wei et Albert Low ont suivi 19 855 candidats d'un pays, non nommé, où l'anglais est une langue étrangère, et qui avaient tous passé le test six fois en quatre ans, entre 2010 et 2014. Le résultat moyen est modeste : 1,58 point de plus par mois en compréhension orale, 1,55 en compréhension écrite. Sur le score total, cela fait environ 38 points par an.
La dispersion est aussi instructive que la moyenne. Selon le modèle des auteurs, 95 % des candidats progressent à un rythme compris entre −0,81 et +3,97 point par mois à l'oral, et entre −0,88 et +3,98 à l'écrit. Une partie d'entre eux voit donc son score baisser. Et le haut de la fourchette, cumulé sur les deux sections, donne environ 95 points par an, selon notre calcul. Trois cents points en douze mois, c'est plus de trois fois ce haut de fourchette.
Il faut lire ce chiffre pour ce qu'il est. Près des trois quarts de ces candidats déclarent ne jamais utiliser l'anglais au quotidien ou l'utiliser 10 % du temps au plus, non-réponses comprises, et le rapport ne dit rien de leur travail. Il décrit ce qui arrive quand on repasse le test, pas quand on travaille 700 heures.
Le même rapport montre qu'une partie des premiers gains ne tient pas au niveau. Les candidats qui n'avaient jamais passé le test, 22 % de l'échantillon, partent 34 points plus bas à l'oral et 27 à l'écrit, puis progressent plus vite que les autres. Les auteurs en concluent que l'on peut améliorer son score en se familiarisant avec le test et en le repassant.
L'étude de Childs ajoute un effet de court terme. La moyenne de ses 113 recrues est passée de 269 à 341 points juste après une semaine intensive de 37 heures, puis est redescendue à 322 et 326 quand les cours sont devenus mensuels. Childs parle d'un effet de « vernis » et estime qu'environ deux tiers seulement du gain mesuré à chaud se conservent. Individuellement, le tableau est plus heurté encore : 35 personnes sur 113, soit 31 %, ont progressé à chacun des deux intervalles étudiés ; 75 ont alterné hausse et baisse ; 3 n'ont progressé à aucun.
Mes deux cas sont donc très au-dessus de l'ordinaire, et un gain obtenu en quelques semaines demande à être confirmé à froid.
Un objectif précis et une échéance changent-ils quelque chose ?
C'est l'idée centrale de mon post : il existe une énorme différence entre travailler beaucoup et organiser son travail autour d'un objectif précis. Sur ce point, la recherche me donne plutôt raison, avec des conditions.
La théorie de la fixation d'objectifs est l'une des plus répliquées des sciences de gestion. Edwin Locke et Gary Latham en ont publié la synthèse en 2002 dans American Psychologist, après trente-cinq ans de travaux. Leur résultat principal : un objectif précis et difficile produit une meilleure performance que la consigne de « faire de son mieux ». L'écart se mesure en d, c'est-à-dire en écarts-types séparant deux groupes ; dans les méta-analyses qu'ils citent, il va de 0,42 à 0,80. Leur explication : « de son mieux » n'a pas de repère extérieur.
Trois conditions accompagnent ce résultat.
- Le retour d'information. L'objectif associé à un retour sur les résultats est plus efficace que l'objectif seul.
- L'engagement. L'effet est le plus fort quand la personne tient réellement à son objectif, surtout s'il est difficile.
- La complexité de la tâche. L'effet tombe à 0,41 pour les tâches les plus complexes, contre 0,77 pour les plus simples. Apprendre une langue est une tâche complexe.
Locke et Latham ajoutent une distinction utile. Sur une tâche nouvelle et complexe, se fixer seulement un objectif de performance, c'est-à-dire un score, peut gêner l'acquisition des connaissances nécessaires ; un objectif d'apprentissage précis, portant sur ce qu'il faut maîtriser, fonctionne mieux. Viser 700 points à une date donnée est un objectif de performance. Décider de travailler ce mois-ci les questions de compréhension orale que l'on rate est un objectif d'apprentissage. D'après ce que j'ai vu, G. et J. avaient les deux.
La théorie a ses critiques. En 2009, Lisa Ordóñez, Maurice Schweitzer, Adam Galinsky et Max Bazerman publient « Goals Gone Wild ». Ils y soutiennent que les bénéfices des objectifs ont été surestimés et leurs effets secondaires négligés, dont une attention rétrécie qui délaisse tout ce qui n'est pas visé. Leur article porte sur les organisations ; la transposition aux langues est la nôtre : un objectif exprimé en points de TOEIC concentre le travail sur ce que le test mesure, la compréhension, et peut laisser l'expression orale où elle était.
Identifier ses lacunes et les attaquer une par une : que vaut la pratique délibérée ?
L'idée a un nom en psychologie : la pratique délibérée. Anders Ericsson, Ralf Krampe et Clemens Tesch-Römer la définissent en 1993 comme un régime d'activités exigeantes, conçues pour optimiser le progrès. Leur thèse est forte : les différences de niveau, même entre experts, seraient étroitement liées à la quantité de pratique accumulée. Leur étude la plus célèbre porte sur des violonistes, dont les meilleurs totalisaient 7 410 heures de pratique en solitaire à 18 ans, contre 5 301 pour les bons.
Vingt ans plus tard, cette thèse a été fortement réduite. En 2014, Brooke Macnamara, David Hambrick et Frederick Oswald ont réuni dans une méta-analyse tous les domaines où la pratique délibérée avait été mesurée.
Part des écarts de performance expliquée par la quantité de pratique délibérée, selon le domaine
La pratique délibérée explique 26 % des écarts de performance dans les jeux, 21 % en musique, 18 % en sport, 4 % en éducation et moins de 1 % dans les professions. Importante, concluent les auteurs, mais pas autant qu'on l'a soutenu.
Ce chiffre de 4 % ne dit pas que travailler ne sert à rien. Il dit que, d'un étudiant à l'autre, la quantité de travail ciblé explique une petite part des différences de résultats. Et la méta-analyse ne porte pas sur les langues.
Pour les langues, la partie la mieux établie de « identifier ses lacunes » est celle qui passe par quelqu'un d'autre : le retour correctif, le fait de signaler ses erreurs à l'apprenant. La méta-analyse de Shaofeng Li, en 2010, porte sur 33 études ; elle conclut à un effet moyen, qui se maintient dans le temps, plus marqué en laboratoire qu'en classe. Celle de Roy Lyster et Kazuya Saito, la même année, se limite à 15 études menées en classe, soit 827 apprenants : l'effet de la correction y atteint 0,74 écart-type par rapport aux groupes non corrigés. La reformulation, où l'enseignant redit la phrase correctement, obtient 0,53. L'incitation, où il signale l'erreur et pousse l'apprenant à se corriger lui-même, obtient 0,83.
Dans mon post, la ligne qui compte est peut-être la plus courte : ils ont demandé de l'aide. Se faire montrer ses erreurs, puis devoir les corriger soi-même, est ce que la recherche sait le mieux relier à un progrès.
Quelques semaines à l'étranger ou un stage intensif : que gagne-t-on vraiment ?
G. et J. sont partis à l'étranger, même pour quelques semaines. La recherche sur ces séjours courts est plutôt encourageante. Àngels Llanes et Carmen Muñoz ont mesuré en 2009 l'effet de séjours de trois à quatre semaines sur l'aisance orale, la correction de la langue parlée et la compréhension orale : les gains sont significatifs sur la plupart des mesures, et ils dépendent fortement du niveau de départ.
L'étude la plus utile pour qui ne peut pas partir est celle de Raquel Serrano, Àngels Llanes et Elsa Tragant, en 2011. Elle compare 25 étudiants espagnols en échange Erasmus au Royaume-Uni à 106 étudiants restés à Barcelone, inscrits soit à un cours intensif de cinq heures par jour, soit à un cours semi-intensif de dix heures par semaine. Après quinze jours, ceux qui étaient partis et ceux du cours intensif obtenaient des résultats similaires, à l'écrit comme à l'oral. Après deux mois, les étudiants à l'étranger devançaient ceux du cours semi-intensif pour la fluidité et la richesse du vocabulaire. Pas pour la complexité des phrases ni pour la correction. Le séjour délie la langue ; il ne répare pas la grammaire.
Deux méta-analyses divergent sur la durée. Celle de Jin-Suk Yang, en 2016, compare dans 11 études les étudiants partis à ceux restés chez eux : les premiers progressent davantage, et les séjours courts y apparaissent plus efficaces que les longs. Celle de Wen-Ta Tseng et de ses collègues, mise en ligne en 2021, réunit 42 études et 283 mesures d'effet : l'effet d'ensemble est moyen à fort (0,87), et la durée du séjour y est au contraire associée à des gains plus élevés. L'écart tient à la taille des corpus et à la méthode de calcul.
Sur l'intensité, la littérature est moins nette qu'on ne le croit. Serrano et Muñoz ont comparé en 2007 trois façons de répartir 110 heures de cours : sur sept mois, sur trois à quatre mois, ou sur cinq semaines. Les formats concentrés font progresser davantage, mais sur 76 étudiants seulement, et sans écart significatif entre groupes. Au Québec, Laura Collins et ses collègues trouvaient en 1999, sur 700 élèves, un avantage aux programmes concentrés ; en 2011, Collins et Joanna White, sur 230 élèves, n'en trouvent plus. Et Boldt et Ross concluent, sur leurs données japonaises, que l'intensité n'a pas d'effet propre sur le gain au TOEIC : ce sont les heures qui comptent.
Reste le prix, et l'accès. L'Unosel, organisation professionnelle qui labellise des organismes de séjours linguistiques, indique des prix moyens de 700 à 1 500 euros pour une semaine, de 1 500 à 3 000 euros pour deux et de 3 000 à 5 000 euros pour quatre. Je l'écrivais dans mon post : nous ne partons pas tous du même endroit. Selon une étude de l'Injep publiée en mars 2025 à partir de l'enquête Génération du Céreq, 49 % des enfants de cadres ont séjourné à l'étranger pendant leurs études, contre 29 % des enfants d'ouvriers ; pour les séjours effectués pendant les études supérieures, l'écart va de 28 % à 8 %. Le résultat de Serrano et de ses collègues en prend d'autant plus de valeur : sur quinze jours, un cours intensif sur place a fait aussi bien qu'un séjour.
Cesser de se dire « nul en anglais » suffit-il à progresser ?
C'est la phrase de mon post à laquelle je tiens le plus : ils ont arrêté de raconter leur niveau d'anglais comme une fatalité. C'est aussi celle que la recherche soutient le moins.
L'idée a été théorisée par la psychologue Carol Dweck sous le nom d'état d'esprit de développement : la conviction que les capacités intellectuelles peuvent se développer. Elle est très populaire. Ses effets mesurés sont petits.
En 2018, Victoria Sisk et ses collègues ont publié deux méta-analyses. La première porte sur le lien entre état d'esprit et résultats scolaires, sur 365 915 élèves et étudiants : l'état d'esprit y rend compte d'environ 1 % des écarts de résultats. La seconde porte sur les interventions qui cherchent à le modifier, soit 57 155 participants : l'effet moyen est de 0,08 écart-type.
L'essai le plus rigoureux va dans le même sens. Publié dans Nature en 2019 par David Yeager, Carol Dweck et leurs collègues, il porte sur 12 490 élèves de 65 lycées publics américains, répartis au hasard. L'intervention consiste en deux séances en ligne d'environ 25 minutes. Chez les élèves les plus faibles, elle améliore la moyenne de 0,10 point, soit un effet de 0,11 écart-type. Chez les plus forts, l'effet est de 0,01, non significatif.
Ici, les sources se séparent sur l'interprétation. Pour Yeager et ses collègues, un tel effet, obtenu en moins d'une heure et à grande échelle, compte. Macnamara et Alexander Burgoyne, dans une revue de 63 études et 97 672 participants publiée en 2023, trouvent un effet d'ensemble de 0,05, qui cesse d'être significatif une fois corrigé le biais de publication, et de 0,02 dans les six études les mieux conduites. La divergence porte sur la lecture d'un petit chiffre, pas sur sa taille : pour les uns, un petit effet peu coûteux ; pour les autres, un effet trop fragile pour être tenu pour établi.
Pour les langues, Nigel Lou et Kimberly Noels ont décrit en 2017 des états d'esprit spécifiques : certains attribuent la réussite à une aptitude innée qui ne se développe plus après un certain âge, d'autres pensent que cette capacité s'améliore. Chez des étudiants à l'université, la seconde conviction va avec des réactions plus constructives face à l'échec. L'étude relie des croyances et des réactions déclarées. Elle ne mesure pas un progrès.
Ma phrase doit donc être corrigée. Changer de discours sur son niveau ne fait pas monter un score. Au mieux, cela rend le travail possible : on ne prend pas de cours et on ne demande pas d'aide quand on se croit né sans l'anglais. Chez G. et J., le changement de posture est venu avec des cours, des heures et un départ. Rien ne permet de dire ce qu'il aurait produit seul.
Je maintiens ma conclusion, en la bornant. Quand on arrête de subir son niveau et qu'on commence à piloter sa progression, beaucoup de choses peuvent changer. Les sources disent lesquelles, de la mieux établie à la moins sûre : le nombre d'heures ; un objectif précis, assorti d'un retour sur ses résultats ; quelqu'un pour montrer les erreurs ; une exposition intense, à l'étranger ou sur place. Elles disent aussi que deux réussites ne renseignent pas sur la règle.
Ce que cette enquête n'a pas pu établir
Cinq limites doivent être posées.
Les deux cas de départ ne sont pas documentés. Les scores de G. et de J. sont des ordres de grandeur rapportés par leur formateur. Cette enquête ne connaît ni les dates des tests, ni le nombre d'heures travaillées, ni le nombre d'étudiants qui, dans les mêmes conditions, n'ont pas progressé.
La table de Saegusa n'a pas été lue dans son texte d'origine. Elle est citée d'après une adaptation de 2007, publiée par un éditeur de manuels de préparation au TOEIC, et d'après Childs. Sa population et sa méthode n'ont pas pu être vérifiées. Aucune table équivalente, récente et portant sur des francophones, n'a été trouvée.
Les données sur les gains de score viennent pour l'essentiel d'ETS ou de son partenaire japonais, qui a fourni les données du rapport de Boldt et Ross. Cette enquête n'a trouvé aucune donnée publique française sur les gains de score au TOEIC, ni sur la part des candidats qui progressent peu malgré une formation.
Les travaux de psychologie cités ne portent pas sur un test de langue. Leur transposition au TOEIC est un raisonnement, pas une mesure.
Les études sur les séjours à l'étranger reposent sur de petits effectifs et mesurent la production orale et écrite, pas un score de compréhension ; celle de Llanes et Muñoz n'a pu être consultée que par son résumé. Aucune ne dit combien de points de TOEIC vaut un séjour de trois semaines. Les prix cités sont les fourchettes indicatives d'une organisation professionnelle, et le prix actuel du test, faute d'avoir pu être vérifié sur une source officielle, n'est pas donné.
FAQ
Combien de points peut-on gagner au TOEIC en un an ?
Il n'existe pas de chiffre garanti. Chez 19 855 candidats suivis par ETS sur quatre ans, le gain moyen est d'environ 38 points par an sur le score total, et le haut de la fourchette observée d'environ 95 points. Un gain de 300 points en douze mois est très au-dessus de l'ordinaire.
Combien d'heures faut-il pour passer de 450 à 750 points au TOEIC ?
La seule table disponible, adaptée d'une étude japonaise de 1985, donne environ 700 heures d'étude, soit 13 heures et demie par semaine pendant un an. C'est une estimation ancienne, présentée comme grossière par l'éditeur qui la reprend, et jamais vérifiée sur des francophones.
Un écart de 40 points entre deux TOEIC prouve-t-il un progrès ?
Pas à coup sûr. ETS chiffre l'erreur type de différence entre deux passages à environ 35 points par section. Un écart de 40 points sur une seule section sort de cette bande et correspond vraisemblablement à un progrès ; le même écart sur le score total reste dans une marge d'une cinquantaine de points.
Un séjour linguistique de quelques semaines fait-il progresser en anglais ?
Oui, surtout pour l'aisance à l'oral et le vocabulaire : une étude de 2009 mesure des gains significatifs après trois à quatre semaines. La grammaire progresse peu. Une étude de 2011 montre qu'un cours intensif sur place, cinq heures par jour, fait aussi bien que quinze jours à l'étranger. Prix indicatif : 1 500 à 3 000 euros pour deux semaines.
L'enquête en slides









