Toutes les offres de formation en anglais promettent une progression. Presque aucune ne dit combien d'heures elle suppose. C'est pourtant la seule variable sur laquelle les organismes de certification publient des barèmes stables depuis vingt ans — et la seule que le marché français de la formation financée contredit frontalement.

Que disent les barèmes officiels sur le temps nécessaire ?

Le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) décrit des niveaux de compétence, pas des durées. C'est une distinction que le Conseil de l'Europe rappelle explicitement dans son volume complémentaire de 2020 : les descripteurs sont fonctionnels, ils disent ce qu'un locuteur sait faire, pas en combien de temps il y arrive.

Ce sont les organismes de certification qui ont produit les barèmes horaires, à partir de l'observation de leurs propres candidats. Cambridge English publie une estimation cumulée d'heures d'apprentissage encadré — les guided learning hours, c'est-à-dire les heures passées avec un enseignant ou en travail supervisé, hors exposition informelle : environ 350 à 400 heures pour atteindre B1, 500 à 600 pour B2, et 700 à 800 pour C1.

Lues en écart plutôt qu'en cumul, ces valeurs donnent la réponse cherchée : de B1 à B2, il faut compter 180 à 260 heures ; de B2 à C1, environ 200 heures de plus. Soit un total de 350 à 450 heures encadrées entre B1 et C1. Cambridge assortit ce chiffre d'une réserve nette : il s'agit d'un ordre de grandeur, la dispersion individuelle est forte.

Heures d'apprentissage encadré cumulées par niveau

Source — Cambridge English, Guided learning hours (barème public, moyenne des fourchettes publiées). Valeurs indicatives, forte dispersion individuelle.

Pourquoi les chiffres du FSI américain sont-ils si différents ?

Une seconde référence circule beaucoup : celle du Foreign Service Institute, l'école de langues du département d'État américain. Elle classe les langues en catégories de difficulté pour un anglophone et annonce 600 à 750 heures de cours pour les langues de catégorie I — dont le français.

L'écart avec Cambridge est réel et mérite d'être expliqué plutôt que moyenné. Trois raisons le produisent.

D'abord, le niveau visé n'est pas le même. Le FSI mesure l'atteinte du palier « Speaking-3 / Reading-3 » sur l'échelle de l'Interagency Language Roundtable, soit une compétence professionnelle générale qui se situe entre le haut du B2 et le bas du C1 — pas un C1 plein.

Ensuite, le régime d'apprentissage diffère radicalement. Les heures FSI sont des heures d'immersion à temps plein, en petits groupes, avec des enseignants natifs et un travail personnel intensif en dehors des cours. Ce n'est pas comparable à deux heures hebdomadaires étalées sur un an.

Enfin, le sens de l'apprentissage est inversé. Le barème FSI décrit un anglophone apprenant le français ; il est couramment retourné pour estimer le temps qu'un francophone met à apprendre l'anglais, ce qui suppose une symétrie que rien n'établit — l'exposition passive à l'anglais en France n'a pas d'équivalent pour le français aux États-Unis.

Ce que les deux référentiels partagent compte davantage que ce qui les sépare : dans les deux cas, l'ordre de grandeur pour franchir un palier de compétence professionnelle se mesure en centaines d'heures, jamais en dizaines.

Où en est réellement le niveau d'anglais en France ?

L'indice EF English Proficiency Index, calculé sur les résultats de 2,2 millions de participants au test EF SET dans 123 pays et territoires, place la France au 38<sup>e</sup> rang mondial en 2025, avec un score de 539 points.

C'est une progression notable : la France gagne 11 places et 15 points par rapport à 2024, où elle occupait le 49<sup>e</sup> rang, et dépasse pour la première fois l'Espagne et l'Italie.

Une réserve méthodologique s'impose et l'enquête la pose : l'échantillon EF n'est pas représentatif de la population française. Il est constitué de personnes qui choisissent de passer un test d'anglais en ligne, donc plutôt jeunes, plutôt urbaines, et déjà engagées dans une démarche d'apprentissage. L'indice mesure une tendance dans une population motivée, pas le niveau moyen des Français.

Le détail le plus utile de l'édition 2025 n'est pas le rang, c'est l'écart interne : 98 points séparent la compréhension écrite de l'expression orale chez les répondants français. C'est le déséquilibre classique d'un apprentissage scolaire centré sur la grammaire et le texte, et c'est exactement ce qu'une formation courte ne corrige pas.

Le niveau d'anglais des Français en 2025

0e

Rang de la France sur 123 pays et territoires classés

0

Score EF EPI de la France, en hausse de 15 points sur un an

+0

Places gagnées au classement mondial depuis 2024

0

Points d'écart entre compréhension écrite et expression orale

Source — EF Education First, EF English Proficiency Index 2025, publié le 19 novembre 2025. Échantillon de 2,2 millions de participants au test EF SET, non représentatif de la population générale.

Que finance réellement le CPF, et pour combien d'heures ?

C'est ici que l'enquête bute sur une contradiction que le marché ne dit pas.

En 2025, 1,2 million de dossiers de formation ont été souscrits via le Compte personnel de formation, en baisse de 11 % par rapport à 2024. Le prix moyen d'un dossier souscrit s'établit à 1 785 €, pour une durée moyenne de 79 heures — en hausse de 13 heures par rapport à 2024, où elle n'était que de 66 heures.

Les langues pèsent lourd dans cette offre : quatre des dix certifications les plus représentées au catalogue sont des certifications linguistiques.

Rapprochez maintenant les deux séries de chiffres. Le barème Cambridge situe à environ 200 heures encadrées le franchissement d'un palier du CECRL. La formation financée moyenne en dure 79. Un parcours CPF standard représente donc, en ordre de grandeur, 40 % du volume horaire nécessaire pour franchir un seul niveau — et moins d'un cinquième de ce qu'exige un passage de B1 à C1.

Ce constat ne dit pas que ces formations ne servent à rien. Il dit qu'elles ne peuvent pas faire ce que leur intitulé laisse souvent entendre. Soixante-dix-neuf heures bien employées consolident un niveau, débloquent une compétence précise — conduire une réunion, soutenir une négociation, rédiger sans relecture — ou préparent une certification qui atteste d'un niveau déjà acquis. Elles ne font pas passer un palier.

Pourquoi l'écart entre le barème et l'offre persiste-t-il ?

Trois mécanismes l'entretiennent, et aucun n'est un scandale : ce sont des effets de structure.

Le premier est budgétaire. Les droits CPF s'alimentent à hauteur de 500 € par an pour un salarié à temps plein, plafonnés à 5 000 €. À 1 785 € le dossier moyen, un actif peut financer une formation tous les trois à quatre ans. Le volume horaire achetable est borné par le droit, pas par le besoin pédagogique.

Le deuxième est le reste à charge, entré en vigueur en 2024. Il a fait baisser le nombre de dossiers de 11 % en un an et augmenté de 14 % le coût supporté par les actifs non inscrits à France Travail. Une contribution personnelle pousse mécaniquement vers les formats courts.

Le troisième est commercial. Un organisme qui annoncerait honnêtement « 350 heures pour aller de B1 à C1 » se comparerait mal à un concurrent qui vend 30 heures avec une certification à la clé. La certification, elle, atteste d'un niveau — elle ne prouve pas qu'il a été acquis pendant la formation.

Comment estimer sérieusement son propre besoin ?

Trois paramètres modifient l'ordre de grandeur de manière documentée, et un seul dépend de la méthode.

Le point de départ réel. Un niveau auto-déclaré est presque toujours surestimé. Un test de positionnement standardisé passé avant l'engagement, et non chez le futur vendeur de la formation, est la seule base sérieuse.

L'exposition hors cours. Les guided learning hours ne comptent que les heures encadrées. Une exposition quotidienne réelle — lecture professionnelle, réunions, séries en version originale sans sous-titres — ne remplace pas ces heures mais en réduit le nombre nécessaire. C'est la variable la moins chère et la plus négligée.

La compétence visée, pas le niveau. « Passer à C1 » est un objectif de certification. « Animer un comité de direction en anglais sans préparation écrite » est un objectif de compétence, qui demande moins d'heures parce qu'il concentre l'effort. La plupart des besoins professionnels réels sont du second type.

Estimer l'ordre de grandeur de votre besoin

  1. 1. Quel est votre niveau établi par un test récent, et non auto-déclaré ?

  2. 2. Quelle est votre exposition hebdomadaire réelle à l'anglais, hors cours ?

  3. 3. Que devez-vous être capable de faire à l'arrivée ?

  4. 4. Combien d'heures pouvez-vous réellement y consacrer chaque semaine ?

Répondez aux 4 questions pour obtenir le résultat.

Source — Grille construite à partir des barèmes Cambridge English (guided learning hours) et des paramètres d'exposition documentés par le Conseil de l'Europe (CECRL, volume complémentaire 2020). Estimation indicative — ne remplace pas un test de positionnement.

Que prouve réellement une certification en langue ?

La plupart des formations financées se terminent par le passage d'une certification enregistrée au Répertoire spécifique de France Compétences. C'est une obligation du dispositif : depuis 2019, une formation n'est éligible au CPF que si elle prépare à une certification enregistrée. Cette contrainte réglementaire a une conséquence pédagogique que peu d'acheteurs anticipent.

Une certification atteste d'un niveau à un instant donné. Elle ne prouve pas que ce niveau a été acquis pendant la formation. Un candidat qui entre en formation à B2 et ressort avec une certification attestant B2 a satisfait à l'obligation réglementaire sans avoir progressé. Le dispositif est conçu pour garantir une mesure, pas un gain.

Cette distinction explique un phénomène de marché autrement incompréhensible : la coexistence, dans le même catalogue, de formations de 20 heures et de formations de 200 heures menant à la même certification. Elles ne promettent pas la même chose ; elles remplissent la même case administrative.

Trois questions permettent de distinguer les deux cas avant de s'engager.

Le niveau de départ est-il établi par un test indépendant de l'organisme de formation ? Sans mesure d'entrée, aucun gain ne peut être constaté à la sortie.

L'organisme communique-t-il un objectif de progression, ou seulement un objectif de certification ? La formulation « obtenir la certification X » et la formulation « passer de B1 à B2 » n'engagent pas au même niveau.

Le volume horaire proposé est-il cohérent avec le gain annoncé ? C'est ici que le barème Cambridge redevient utile : une formation de 30 heures qui annonce un changement de niveau est en contradiction avec les référentiels de l'organisme qui délivre la certification.

Un mot sur les certifications elles-mêmes. Le Répertoire spécifique en recense plusieurs dizaines pour les langues — Bright Language, TOEIC, Linguaskill, Pipplet, LILATE et d'autres. Elles ne mesurent pas les mêmes compétences ni de la même manière : certaines évaluent la compréhension seule, d'autres incluent une production orale notée par un examinateur humain. Une certification portant sur les seules compétences réceptives ne dit rien de l'expression orale — précisément la compétence où l'écart français est le plus large, avec ses 98 points de retard mesurés par EF.

Ce que cette enquête n'établit pas

Trois limites doivent être dites.

Les barèmes horaires de Cambridge sont des estimations d'organisme certificateur, construites sur ses propres candidats. Ils n'ont pas la valeur d'une étude expérimentale contrôlée, et Cambridge ne prétend pas le contraire.

L'écart entre 79 heures moyennes et 200 heures par palier rapproche deux séries qui ne portent pas sur le même périmètre : la durée moyenne CPF couvre toutes les formations, pas seulement les langues. La Caisse des Dépôts ne publie pas la durée moyenne des seules formations linguistiques. La comparaison donne un ordre de grandeur, pas une mesure.

Enfin, aucune donnée publique française ne mesure le gain de niveau effectivement obtenu à l'issue d'une formation en langue financée. C'est le chiffre qui trancherait le débat, et il n'existe pas.

FAQ

Combien d'heures faut-il pour passer de B1 à B2 en anglais ?

Environ 180 à 260 heures d'apprentissage encadré selon le barème Cambridge English, qui situe B1 à 350-400 heures cumulées et B2 à 500-600 heures. Cette fourchette suppose un travail personnel régulier en plus des heures de cours.

Une formation CPF de 30 heures permet-elle de changer de niveau en anglais ?

Non, pas au sens du CECRL. Un palier demande de l'ordre de 200 heures encadrées. Une formation de 30 heures permet de consolider un niveau existant, de travailler une compétence délimitée ou de préparer une certification attestant d'un niveau déjà acquis.

Le classement EF EPI mesure-t-il le niveau moyen des Français ?

Non. L'indice repose sur les résultats de personnes qui choisissent volontairement de passer le test EF SET en ligne — population plus jeune, plus urbaine et déjà engagée dans un apprentissage que la moyenne nationale. Il mesure une tendance dans un groupe motivé, pas un niveau national.

Quelle est la durée moyenne d'une formation financée par le CPF ?

79 heures pour les dossiers souscrits en 2025, contre 66 heures en 2024, pour un prix moyen de 1 785 € par dossier, selon la Caisse des Dépôts. Le catalogue affiche des durées plus longues, en moyenne 92 heures, que les inscriptions réelles ne suivent pas.