J'apprends douze langues, et je n'ai jamais une heure devant moi pour le faire. Entre mes cours, mes entreprises, mes rendez-vous et le reste, attendre « le bon moment » pour travailler mon arabe, mon chinois ou une autre langue reviendrait probablement à ne jamais travailler. Alors j'ai changé de question. Je n'ai pas une heure, mais j'ai très souvent cinq minutes.

Je me suis construit un système, qui m'envoie régulièrement un court e-mail. Rien d'angoissant : pas de « vous n'avez pas étudié depuis quatre jours » en majuscules. Plutôt : « Voilà ce que tu as appris récemment. Tu t'en souviens ? » Un mot. Un point de grammaire. Quelques phrases à produire. Je réponds, le système me corrige ou me relance, et cinq minutes plus tard c'est terminé. Je ne passe pas ces cinq minutes à relire. J'essaie de retrouver l'information, de produire une phrase, de me tromper, de corriger, puis d'y revenir quelques jours plus tard.

Est-ce que cinq minutes vont me rendre bilingue ? Évidemment que non. Ce serait aussi naïf que de croire qu'une application grand public va m'apprendre à parler. Mais cinq minutes peuvent m'empêcher de perdre complètement le contact avec une langue. Cette phrase a deux moitiés, et cette enquête les chiffre l'une après l'autre. Ce qui précède est ma pratique, pas une preuve. La suite s'appuie sur les référentiels publics et sur la recherche.

Combien d'heures font cinq minutes par jour, et combien en faut-il ?

Commençons par la moitié la moins agréable. Cinq minutes par jour, sans manquer un seul jour, font 1 825 minutes en un an : 30 heures et 25 minutes.

En face, deux référentiels publics donnent des ordres de grandeur. Le premier est celui de Cambridge English, qui raisonne dans le Cadre européen commun de référence pour les langues, le CECRL, cette échelle à six niveaux qui va de A1, le débutant, à C2, la maîtrise. Sa page d'aide, mise à jour le 17 décembre 2025, compte environ 200 heures d'apprentissage encadré, c'est-à-dire de cours et de travail supervisé, pour passer d'un niveau au suivant. En cumul depuis le niveau débutant : 180 à 200 heures pour A2, 350 à 400 pour B1, 500 à 600 pour B2, 700 à 800 pour C1, 1 000 à 1 200 pour C2.

Le second est celui du Foreign Service Institute, le FSI, l'école de langues de la diplomatie américaine. Il publie le temps moyen qu'il faut à un anglophone pour atteindre une compétence professionnelle générale, à l'oral et en lecture, dans quatre catégories de langues : 600 à 750 heures de cours pour la catégorie I, celle des langues proches de l'anglais, dont le français et l'espagnol ; environ 900 heures pour la catégorie II, où figure l'allemand ; environ 1 100 heures pour la catégorie III, celle du russe ou du turc ; 2 200 heures, soit 88 semaines, pour la catégorie IV, celle de l'arabe, du chinois, du japonais et du coréen.


Heures cumulées en un an selon la durée quotidienne, face aux volumes des référentiels

Source — Calcul du Journal LSI : minutes par jour × 365 ÷ 60, arrondi à l'heure (5 minutes par jour = 1 825 minutes = 30 h 25). Référentiels : Cambridge English, Guided learning hours, page mise à jour le 17 décembre 2025 (borne basse des fourchettes, cumulées depuis le niveau débutant) ; Foreign Service Institute, département d'État américain, page Foreign Language Training (heures de cours nécessaires à un anglophone pour atteindre le niveau Speaking-3/Reading-3).

La division est brutale. À raison de 30 heures par an :

  • le niveau A2 de Cambridge demande entre six et sept ans ;
  • le niveau B1, entre onze ans et demi et treize ans ;
  • le niveau B2, entre seize et vingt ans ;
  • le niveau C1, entre vingt-trois et vingt-six ans ;
  • une langue de catégorie I du FSI, entre vingt et vingt-cinq ans ;
  • l'arabe ou le chinois, soixante-douze ans.

Dix ans de cinq minutes quotidiennes font 304 heures : moins que ce que Cambridge indique pour B1.

Deux sources divergent sur le barème américain. La société Language Testing International, qui administre les tests de l'ACTFL, le conseil américain pour l'enseignement des langues étrangères, reproduit un tableau tiré d'un manuel de 1982. Pour un apprenant d'aptitude moyenne et une langue du quatrième groupe, il annonce 2 400 à 2 760 heures, soit 80 à 92 semaines, là où le FSI dit 2 200. L'écart tient à l'époque et à la mesure : le tableau de 1982 vise le niveau « supérieur » de l'échelle de l'ACTFL, la page du FSI donne une moyenne dans l'échelle de l'administration américaine. Aucun des deux chiffres ne change la conclusion.

Ces durées ne sont pas des prédictions. Ce sont des heures de cours, intensives et en classes d'un à quatre élèves selon Language Testing International. Elles décrivent des anglophones, ou des apprenants d'anglais, pas un francophone face à l'arabe. Et Cambridge prévient que ses chiffres ne sont qu'un repère, variable d'un apprenant à l'autre. Mais l'ordre de grandeur résiste aux hypothèses généreuses : même si chacune de mes minutes valait trois minutes de classe, le niveau B2 resterait à plus de cinq ans.

La première moitié de la phrase est donc établie. Cinq minutes par jour ne rendent pas bilingue, ni en un an ni en dix.

Que devient un mot que l'on ne revoit pas, et que change le fait d'y revenir ?

La mesure fondatrice date de 1885. Le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus publie cette année-là Über das Gedächtnis, compte rendu d'expériences menées sur un seul sujet : lui-même. En 1879 et 1880, il apprend par cœur des séries de treize syllabes sans signification, puis les réapprend après un délai variable. Sa mesure n'est pas un pourcentage de souvenirs, comme on le lit souvent, mais une économie : la part du travail initial qu'il n'a plus à fournir. Vingt minutes après, l'économie est de 58,2 %. Un jour après, de 33,7 %. Trente et un jours après, de 21,1 %. L'oubli est rapide, puis il ralentit.

En 2015, Jaap Murre et Joeri Dros, de l'université d'Amsterdam, refont l'expérience : Dros y consacre environ 70 heures. Sa courbe ressemble à celle de 1885, avec 47,2 % d'économie à vingt minutes et 31,7 % à un jour, et ne s'en écarte qu'à trente et un jours, avec 4,1 %.

Ces courbes portent sur des syllabes vides de sens. Une langue réellement apprise résiste mieux. Harry Bahrick a testé en 1984 l'espagnol scolaire de 733 personnes jusqu'à cinquante ans après la fin des cours : le déclin est fort pendant les trois à six premières années, puis ce qui reste se maintient jusqu'à trente ans. Le Journal a consacré une enquête à cette déperdition, et l'une de ses conclusions vaut ici : la dose minimale de pratique qui entretient une langue n'est pas connue. Les sujets de Bahrick pratiquaient trop peu pour qu'il puisse la mesurer.

Ce que change le fait d'y revenir, en revanche, est très bien documenté. Ebbinghaus l'avait noté : pour savoir une série le lendemain, 38 répétitions réparties sur les trois jours précédents faisaient autant que 68 répétitions enchaînées la veille. Les psychologues parlent d'effet d'espacement. La synthèse de référence, publiée en 2006 par Nicholas Cepeda et ses collègues, en recense 839 mesures dans 317 expériences et 184 articles. Sean Kang, en 2016, parle de centaines d'études concordantes.

L'apport de Cepeda est plus précis : l'intervalle idéal dépend de la durée pendant laquelle on veut retenir. Dans l'expérience que son équipe publie en 2008, plus de 1 350 personnes apprennent des faits, les révisent après un délai allant jusqu'à trois mois et demi, puis sont testées jusqu'à un an plus tard. Le meilleur intervalle représente 20 à 40 % du délai pour un test à une semaine, et 5 à 10 % pour un test à un an. Pour se souvenir d'un mot dans un an, mieux vaut le revoir après quelques semaines que chaque matin.

Pour les langues, l'étude la plus longue est aussi la plus singulière. Harry Bahrick et ses trois coauteurs, qui portent le même nom, sont à la fois les auteurs et les quatre sujets d'une expérience de neuf ans publiée en 1993. Chacun apprend 300 mots français ou allemands par séances espacées de 14, 28 ou 56 jours, avec des fiches : on cherche la traduction, on retourne la fiche, on recommence avec les mots manqués. Testés un à cinq ans après la dernière séance, ils rappellent en moyenne 43 % des mots appris en treize séances espacées de 14 jours, et 57 % quand elles sont espacées de 56 jours. Treize séances très espacées font aussi bien que vingt-six séances rapprochées, qui donnent 56 %.

En 2022, Su Kyung Kim et Stuart Webb ont réuni les travaux menés sur des apprenants de langue seconde : 48 expériences, 3 411 participants, et un effet de l'espacement qu'ils qualifient de moyen à fort.

Ces résultats comparent pourtant deux façons de répartir un même temps de travail. Ils ne disent pas qu'un temps réduit suffit. Et ils portent surtout sur la mémorisation : quand Yuichi Suzuki et Robert DeKeyser entraînent en 2017 des apprenants de japonais à employer à l'oral un point de morphologie, la pratique regroupée fait aussi bien que la pratique étalée pour l'exactitude, et peut-être mieux pour la rapidité.

Chercher la réponse vaut-il mieux que la relire ?

Oui, et c'est là que ma pratique rejoint le plus nettement la recherche. Les psychologues parlent d'effet de test : aller chercher une information en mémoire la consolide davantage que la revoir.

En 2006, Henry Roediger et Jeffrey Karpicke font lire un court texte à 180 étudiants de l'université Washington, à Saint-Louis. Un groupe le relit pendant quatre périodes d'étude. Un autre le lit une fois, puis passe trois tests de rappel libre, sans correction. Cinq minutes plus tard, les relecteurs l'emportent : 83 % des idées restituées contre 71 %. Une semaine plus tard, le résultat s'inverse : 61 % pour ceux qui se sont testés, 40 % pour ceux qui ont relu, alors que ces derniers avaient lu le texte quatre fois plus souvent.

Deux ans plus tard, les mêmes auteurs publient dans Science une expérience sur 40 paires de mots swahili-anglais. Une fois qu'un mot a été retrouvé correctement, quatre traitements sont comparés, selon que l'on continue ou non à le relire et à le tester.


Part d'un vocabulaire étranger rappelée une semaine plus tard, selon ce que l'on fait des mots déjà sus

Source — Karpicke, J. D. et Roediger, H. L., The Critical Importance of Retrieval for Learning, Science, vol. 319, n° 5865, 15 février 2008. Étudiants apprenant 40 paires de mots swahili-anglais, test final une semaine plus tard. Les auteurs donnent « environ 80 % » pour les deux conditions où le test est répété.

Environ 80 % des mots restent quand on continue à se tester, 36 % et 33 % quand on cesse. Et les étudiants ne s'en doutaient pas : interrogés à la fin de l'apprentissage, ils prévoyaient tous de retenir environ la moitié des mots, quelle que soit leur condition.

L'effet a été vérifié à grande échelle. La méta-analyse d'Olusola Adesope et de ses collègues, en 2017, rassemble 118 articles et 15 427 participants : face à la relecture, l'avantage du test est de 0,51 écart-type, un effet moyen. Celle de Christopher Rowland, en 2014, ajoute une précision utile à quiconque apprend sur écran : produire la réponse rapporte plus que la reconnaître parmi plusieurs propositions.

Une dernière étude parle des séances courtes. En 2017, Tatsuya Nakata fait apprendre seize paires de mots anglais-japonais à 98 apprenants japonais, qui retrouvent chaque mot une, trois, cinq ou sept fois dans la même séance. Cinq et sept récupérations donnent de meilleurs scores. Mais rapporté au temps passé, c'est la récupération unique qui rapporte le plus.

Retrouver l'information, produire, se tromper, corriger, revenir plus tard : chaque élément de la liste a donc un appui expérimental. Mais ces expériences mesurent le rappel de mots ou de textes après quelques jours ou quelques semaines. Aucune ne mesure la capacité à tenir une conversation.

Existe-t-il une preuve que cinq minutes suffisent ?

Non. Cette enquête n'a trouvé aucune étude qui compare, à temps total égal, des séances de langue de durées différentes.

Le mot à la mode est micro-apprentissage. Une revue systématique de 40 études publiées entre 2020 et 2024, toutes disciplines confondues, constate que le terme n'a pas de définition partagée : les durées vont de une à trois minutes jusqu'à dix à quinze. Pour l'anglais oral, une méta-analyse thaïlandaise de 2024 réunit dix études et 743 apprenants, et conclut à un avantage massif sur le cours magistral : 1,43 écart-type. Il faut la lire avec prudence. Aucune des dix études n'évaluait les apprenants à l'aveugle, et toutes comparent deux formats de cours sur quatre à quinze semaines, pas deux durées de séance.

L'étude la plus proche de mon cas a été menée à l'université d'État du Michigan par Shawn Loewen et Daniel Isbell, avec Zachary Sporn, salarié de Babbel, l'éditeur de l'application testée. La consigne : étudier l'espagnol pendant douze semaines, une dizaine de minutes par jour selon le résumé de l'article, un quart d'heure au moins selon des auteurs qui le citent. Selon le communiqué de l'université, 85 étudiants ont commencé et 54 ont terminé. Parmi eux, 59 % ont gagné au moins un sous-niveau d'expression orale sur l'échelle de l'ACTFL. La proportion monte à 69 % chez ceux qui ont étudié au moins six heures, et à 75 % au-delà de quinze. Le temps passé est le meilleur prédicteur des progrès.

Une autre étude précise ce que le temps prédit. Ekaterina Sudina et Luke Plonsky ont suivi pendant six mois 287 utilisateurs de Duolingo apprenant l'espagnol ou le français. Le nombre total de minutes est corrélé aux progrès à l'écrit, pas à l'oral. Les indicateurs les plus fiables sont ceux qui mesurent la fréquence d'usage et l'avancement dans le cours.

Voici donc l'état des preuves. Ce qui est démontré : à temps égal, répartir vaut mieux que regrouper pour mémoriser, et se tester vaut mieux que relire. Ce qui est observé : des séances d'une dizaine de minutes produisent des progrès mesurables chez des débutants, en proportion du temps cumulé. Ce qui ne l'est pas : qu'un petit total suffise. La manière d'employer les minutes en change le rendement ; leur nombre reste ce qui compte le plus.

Une application grand public apprend-elle à parler ?

Ma phrase était catégorique. Les études d'efficacité lui donnent raison sur un point et la nuancent sur un autre. Presque toutes ont un lien avec l'éditeur du produit testé.

La plus ancienne, signée Roumen Vesselinov et John Grego en décembre 2012, a été financée par Duolingo. Des utilisateurs américains y étudient l'espagnol pendant huit semaines, 22 heures en moyenne. Les auteurs en tirent une estimation restée célèbre : 34 heures pour couvrir un premier semestre d'université, dans une fourchette de 26 à 49. Mais le test de placement utilisé est écrit, et ils recommandent eux-mêmes d'y ajouter une épreuve orale.

En 2021, cinq auteurs, dont quatre salariés de Duolingo, testent 225 personnes ayant terminé le cours débutant d'espagnol ou de français de l'application, après 112 heures de travail en valeur médiane. Elles atteignent le niveau « intermédiaire bas » en lecture et « novice haut » en écoute sur l'échelle de l'ACTFL, comme des étudiants en fin de quatrième semestre. Les tests ont été payés par l'entreprise, aucune autre compétence n'a été évaluée, et l'échantillon ne compte, par construction, que ceux qui sont allés au bout.

Une étude universitaire de 2019, cosignée par Shawn Loewen, est moins flatteuse. Neuf chercheurs s'y prennent eux-mêmes pour sujets et apprennent le turc sur Duolingo pendant un semestre. Ils progressent, mais d'après le résumé qu'en donnent Jiang et ses collègues, après 29 heures en moyenne, un seul atteint 70 % à l'examen de premier semestre de turc de leur université.

Pour l'oral, les niveaux atteints ne sont chiffrés que par des travaux liés à Babbel. Outre l'étude du Michigan, un rapport financé par l'éditeur et cosigné par deux responsables du centre de langues de l'université Yale suit des débutants en espagnol pendant douze semaines, 48 heures en moyenne. À l'arrivée, 79,5 % se situent aux niveaux « novice » de l'ACTFL et 20,5 % aux niveaux « intermédiaire ».

Le chiffre le plus instructif est celui que ces études affichent le moins : le nombre de personnes qui arrivent au bout.


Combien de participants vont au bout d'une étude sur l'apprentissage d'une langue en autonomie ?

0

participants conservés sur 196 dans l'étude Duolingo de 2012 : les autres ont abandonné ou étudié moins de deux heures en huit semaines

0

étudiants sur 85 arrivés au terme des douze semaines de l'étude Babbel du Michigan

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participants retenus dans l'analyse sur 351 inscrits dans l'étude Babbel de Yale

0

volontaire sur 150 ayant terminé les 200 heures prévues avec Rosetta Stone dans l'étude du Maryland

Source — Vesselinov, R. et Grego, J., Duolingo Effectiveness Study, décembre 2012 (étude financée par Duolingo) ; Michigan State University, communiqué du 9 juin 2020 sur l'étude de Loewen, Isbell et Sporn (Foreign Language Annals, 2020) ; Van Deusen-Scholl, N., Lubrano, M. J. et Sporn, Z., Measuring Babbel's Efficacy in Developing Oral Proficiency (étude financée par Babbel) ; Nielson, K. B., Language Learning & Technology, vol. 15, n° 3, 2011.

L'étude du Maryland est la plus sévère. Katharine Nielson y suit des agents d'administrations américaines, volontaires pour apprendre l'arabe, le chinois ou l'espagnol avec Rosetta Stone : sur 150 inscrits, 77 ne se connectent jamais et un seul termine les 200 heures prévues.

Les compétences le plus souvent testées sont donc la lecture, l'écoute et la grammaire, et les gains mesurés à l'oral restent au niveau débutant. Mais « une application n'apprend pas à parler » va plus loin que les données : dans l'étude du Michigan, une majorité des participants ont gagné un sous-niveau d'oral en douze semaines.

Réduire l'effort suffit-il à installer une habitude ?

On parle de régularité comme s'il fallait une discipline militaire. Je crois de plus en plus à autre chose : réduire suffisamment la taille de l'effort pour qu'il devienne difficile de trouver une excuse pour ne pas le faire.

L'idée a un nom dans la littérature grand public : les « petites habitudes », Tiny Habits, la méthode de B. J. Fogg, qui accroche à un geste déjà installé un comportement réduit à moins de trente secondes. Ses preuves expérimentales sont minces. L'essai contrôlé que cette enquête a trouvé, publié en 2022, suit 154 adultes pendant un programme de cinq jours et mesure un score de gratitude, pas la survie d'une habitude ; 41,6 % des participants manquent au suivi à un mois. Une revue de 2025 sur le modèle théorique de Fogg ne retient que six études, en santé, et regrette l'absence de suivi à long terme.

Sur le temps qu'il faut, l'étude de référence est celle de Phillippa Lally et de ses collègues de l'University College de Londres, publiée en 2010. 96 volontaires choisissent un geste quotidien lié à l'alimentation, à la boisson ou à l'exercice, et notent pendant douze semaines à quel point il devient automatique. Le modèle statistique ne s'ajuste bien que pour 39 d'entre eux. Chez ceux-là, le plateau est atteint au bout de 66 jours en valeur médiane, avec des extrêmes de 18 et de 254 jours, ce dernier chiffre étant une projection puisque l'étude en a duré 84. Manquer une occasion n'a pas compromis le processus. Une synthèse de 2024, sur 20 études, confirme la dispersion : de 4 à 335 jours selon les personnes. Aucune ne porte sur l'apprentissage d'une langue.

Reste le rappel lui-même. Un essai mené en 2018 sur 1 255 utilisateurs d'une application de bien-être au travail a tiré au sort, pendant 89 jours, l'envoi ou non d'une notification : la recevoir augmente de 3,9 % la probabilité d'utiliser l'application dans les vingt-quatre heures. Chez Duolingo, deux salariés rapportent en 2020 qu'optimiser le texte des rappels quotidiens a relevé de 0,5 % le nombre d'utilisateurs actifs chaque jour et de 2 % la rétention des nouveaux inscrits. Un rappel aide, donc, mais peu.

Et le ton ? Je n'ai trouvé aucune expérience comparant un rappel culpabilisant à un rappel bienveillant dans une application de langues. L'essai le plus proche vient de la santé publique : en 2022, une collaboration internationale a testé sur 25 718 personnes, dans 89 pays, des messages incitant à la distanciation pendant la pandémie. Le message culpabilisant a renforcé une motivation fondée sur la honte et la peur du regard d'autrui ; le message respectueux de l'autonomie a suscité moins de défiance que lui. Aucun des deux n'a modifié les intentions de comportement. Mon choix d'un rappel sans reproche va dans ce sens. Il n'est pas démontré pour autant.

Peut-on entretenir douze langues à la fois ?

La recherche est ici très maigre, et ne dit rien de douze langues. Elle documente d'abord un coût. En 2020, Anne Mickan, James McQueen et Kristin Lemhöfer font apprendre 40 mots espagnols à des néerlandophones. Le lendemain, les participants retrouvent la moitié de ces mots dans une autre langue, le néerlandais ou l'anglais. Le rappel en espagnol devient plus lent et moins complet pour les mots ainsi concurrencés, et l'anglais, autre langue étrangère, ralentit davantage la réponse que la langue maternelle.

Elle documente ensuite une absence de catastrophe. Ting Huang, Rasmus Steinkrauss et Marjolijn Verspoor ont suivi pendant un an des étudiants chinois apprenant l'anglais seul, ou l'anglais et le russe ensemble. Les seconds ne progressent pas moins en anglais écrit ; leur fluidité y est seulement plus instable.

Reste l'arithmétique, qui n'est qu'une hypothèse sur ma propre pratique. Si une seule séance quotidienne de cinq minutes se partageait entre douze langues, chacune recevrait deux heures et demie par an, soit une séance tous les douze jours. Ce rythme ne construit rien. Il n'est pourtant pas absurde pour entretenir : dans l'expérience de 1993, des séances espacées de 14 à 56 jours ont suffi à garder accessibles, des années plus tard, une bonne part des mots appris. À une condition, que montre l'étude de 1984 : ce qui se conserve dépend d'abord du niveau atteint avant.

La seconde moitié de la phrase tient donc, mais par ses mécanismes plus que par une mesure directe. Cinq minutes d'effort de mémoire, espacées, sont un usage du temps que la recherche soutient. Elles ne remplacent pas les centaines d'heures qu'il faut pour apprendre une langue. Elles donnent à ce qui a été appris une chance de rester. Le progrès n'a pas toujours besoin d'une grande place dans votre journée. Il a surtout besoin d'une place qui existe vraiment — et d'un compte honnête de ce que cette place peut contenir.

Ce que cette enquête n'a pas pu établir

Six limites doivent être posées.

La question centrale n'a pas de réponse expérimentale. Aucune étude identifiée ne compare, à temps total égal, des séances de cinq minutes à des séances plus longues, ni ne suit pendant des années des apprenants qui s'en tiennent à cinq minutes par jour. La dose minimale qui entretient une langue reste inconnue.

Les durées en années sont un calcul, pas une observation. Les barèmes de Cambridge et du FSI sont des estimations d'organismes, en heures de cours, et rien ne permet de convertir des minutes d'exercice autonome en heures de classe.

Les expériences sur l'espacement et sur le test mesurent presque toutes la mémoire de mots ou de faits, sur des délais d'une semaine à un an. La seule étude au long cours compte quatre sujets, qui en sont les auteurs.

Les études sur les applications sont, pour la plupart, financées ou cosignées par les éditeurs. Trois n'ont pas pu être lues en entier : les chiffres de l'étude du Michigan viennent de son résumé et du communiqué de l'université, ceux de l'étude sur le turc du résumé qu'en donnent d'autres auteurs, et la déclaration de financement de l'étude de Sudina et Plonsky n'a pas été consultée. Les méta-analyses de Rowland et de Kim et Webb n'ont été lues que dans leur résumé.

Les travaux sur l'habitude portent sur des gestes de santé, et l'essai sur le ton des messages sur la santé publique. Les transposer à un e-mail de révision est une extrapolation.

Enfin, mon système n'a fait l'objet d'aucune évaluation, et cette enquête ne mesure pas mon niveau dans ces douze langues. Ma pratique est un témoignage : un point de départ, pas un résultat.

FAQ

Peut-on apprendre une langue avec cinq minutes par jour ?

Pas au sens d'atteindre un niveau autonome dans un délai raisonnable. Cinq minutes par jour font environ 30 heures par an, alors que Cambridge English situe le niveau B2 entre 500 et 600 heures encadrées, soit seize à vingt ans à ce rythme. Elles peuvent entretenir un acquis, surtout si l'on s'y teste au lieu de relire, mais aucune étude ne mesure directement cet effet.

Combien d'heures faut-il pour apprendre une langue ?

Cambridge English indique environ 200 heures d'apprentissage encadré par niveau du CECRL, soit 500 à 600 heures cumulées pour B2 et 700 à 800 pour C1. Le Foreign Service Institute américain compte, pour un anglophone, 600 à 750 heures de cours pour le français ou l'espagnol et 2 200 pour l'arabe, le chinois, le japonais ou le coréen. Ce sont des repères, variables d'une personne à l'autre.

Vaut-il mieux étaler ses révisions ou les regrouper ?

Pour mémoriser, les étaler : une méta-analyse de 2022 sur les langues secondes trouve à l'espacement un effet moyen à fort. L'intervalle idéal grandit avec la durée de rétention visée, soit 5 à 10 % du délai pour un souvenir à un an. Pour automatiser un point de grammaire à l'oral, une étude de 2017 ne trouve pas d'avantage à l'étalement.

Les applications de langues sont-elles efficaces ?

Elles produisent des progrès mesurables en lecture, en écoute, en grammaire et en vocabulaire, d'après des études le plus souvent financées ou cosignées par leurs éditeurs. L'oral est rarement testé, et les gains observés y restent au niveau débutant. Le principal obstacle est l'abandon : dans une étude menée auprès d'agents publics américains, un seul des 150 volontaires a terminé les 200 heures prévues.


L'enquête en slides

Cinq minutes par jour pour apprendre une langue : est-ce sérieux ? Le calcul dit non, la recherche sur la mémoire dit oui. Les deux ont raison.
1. Cinq minutes par jour pour apprendre une langue : est-ce sérieux ? Le calcul dit non, la recherche sur la mémoire dit oui. Les deux ont raison.
Cinq minutes par jour font 1 825 minutes en un an, soit 30 heures. Dix ans à ce rythme donnent 304 heures : moins qu'il n'en faut pour un niveau B1.
2. Cinq minutes par jour font 1 825 minutes en un an, soit 30 heures. Dix ans à ce rythme donnent 304 heures : moins qu'il n'en faut pour un niveau B1.
Cambridge English situe le niveau B2 entre 500 et 600 heures encadrées. À 30 heures par an, il faudrait seize à vingt ans pour y arriver.
3. Cambridge English situe le niveau B2 entre 500 et 600 heures encadrées. À 30 heures par an, il faudrait seize à vingt ans pour y arriver.
Pour l'arabe ou le chinois, la diplomatie américaine compte 2 200 heures de cours, soit 88 semaines. À cinq minutes par jour : soixante-douze ans.
4. Pour l'arabe ou le chinois, la diplomatie américaine compte 2 200 heures de cours, soit 88 semaines. À cinq minutes par jour : soixante-douze ans.
Mais un mot non revu s'efface. L'espagnol scolaire de 733 personnes, testé jusqu'à cinquante ans après, décline fort pendant trois à six ans, puis se maintient.
5. Mais un mot non revu s'efface. L'espagnol scolaire de 733 personnes, testé jusqu'à cinquante ans après, décline fort pendant trois à six ans, puis se maintient.
Espacer aide : sur neuf ans, 13 séances espacées de 56 jours ont fait aussi bien que 26 séances espacées de 14 jours pour retenir des mots étrangers.
6. Espacer aide : sur neuf ans, 13 séances espacées de 56 jours ont fait aussi bien que 26 séances espacées de 14 jours pour retenir des mots étrangers.
Se tester vaut mieux que relire : une semaine après, 80 % des mots sont rappelés quand on continue à se tester, 36 % quand on se contente de relire.
7. Se tester vaut mieux que relire : une semaine après, 80 % des mots sont rappelés quand on continue à se tester, 36 % quand on se contente de relire.
Le vrai obstacle est l'abandon. Dans une étude sur un logiciel de langues, un seul des 150 volontaires a terminé les 200 heures prévues.
8. Le vrai obstacle est l'abandon. Dans une étude sur un logiciel de langues, un seul des 150 volontaires a terminé les 200 heures prévues.
L'enquête complète, chiffres et sources, sur Le Journal LSI.
9. L'enquête complète, chiffres et sources, sur Le Journal LSI.
Source — Le Journal LSI