Le 16 septembre 2026, une ancienne garde des Sceaux comparaîtra devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour corruption et trafic d'influence passifs, soupçonnée d'avoir perçu 900 000 euros d'une filiale de l'alliance Renault-Nissan entre 2010 et 2012 alors qu'elle siégeait au Parlement européen. Elle conteste les faits et reste présumée innocente. L'affaire pose pourtant, en termes crus, la question que toute direction d'entreprise finit par se poser : à partir de quand défendre un intérêt devient-il un délit ?

La réponse française tient en deux corps de règles qui ne se touchent presque jamais. D'un côté, un dispositif déclaratif né de la loi Sapin II, géré par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, qui n'a pratiquement jamais produit de sanction pénale. De l'autre, deux articles du code pénal, punis de dix ans d'emprisonnement, que les tribunaux appliquent régulièrement à des ministres, des élus et des intermédiaires. Entre les deux, un espace que les autorités de contrôle décrivent elles-mêmes, dans leurs propres rapports, comme mal couvert.


L'enquête en 30 secondes

Source — Le Journal LSI — voix de synthèse (prévisualisation)

Que contient réellement le répertoire de la HATVP après huit ans ?

Le répertoire des représentants d'intérêts a ouvert en juillet 2017. Au 31 décembre 2025, selon le rapport d'activité de la HATVP publié le 28 mai 2026, il comptait 3 526 structures inscrites, en hausse de 9,7 % sur un an, et 107 671 fiches d'activités consultables en ligne. Au titre du seul exercice 2024, 15 823 fiches ont été publiées, contre 15 633 pour 2023 : la croissance du nombre d'inscrits ne se traduit plus par une croissance équivalente des actions déclarées, et le nombre moyen de fiches par inscrit recule légèrement, de 8,6 à 8,2.

Qui sont ces inscrits ? La Haute Autorité en donne la répartition : 30,3 % de sociétés commerciales ou civiles, 22,3 % d'organisations syndicales et professionnelles, 21 % d'associations, le reste se partageant entre cabinets de conseil, cabinets d'avocats, consultants indépendants et organismes divers. Transparency International France, qui a exploité les données déclarées entre 2018 et 2024, agrège autrement : les entreprises, fédérations professionnelles et organisations patronales représentent selon elle 86 % des acteurs inscrits et déclarent près de 9,5 fois plus de dépenses que les associations et ONG.

Ce que ces structures déclarent viser est tout aussi instructif. Plus de la moitié des fiches de l'exercice 2024 (55 %) portent sur le contenu d'un projet ou d'une proposition de loi, et plus de 60 % mentionnent le Parlement comme destinataire. Quatre secteurs concentrent l'activité : l'agriculture et l'agroalimentaire (11,9 % des fiches), la santé (9,7 %), l'économie (9,7 %) et l'environnement (9,5 %).


Le répertoire des représentants d'intérêts au 31 décembre 2025

0

structures inscrites au répertoire (+9,7 % sur un an)

0

fiches d'activités publiées depuis 2017

0

fiches déclarées au titre de l'exercice 2024

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contrôles clôturés par la Haute Autorité en 2025

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dossiers transmis au parquet en 2025 pour non-dépôt de déclaration

Source — Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, Rapport d'activité 2025, publié le 28 mai 2026 ; Bilan des déclarations d'activités 2024, juillet 2025.

Qui est obligé de s'inscrire, et pourquoi le seuil se contourne-t-il ?

L'obligation vient de l'article 25 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016, dite Sapin II, qui a inséré les articles 18-1 à 18-10 dans la loi du 11 octobre 2013 sur la transparence de la vie publique. Le décret n° 2017-867 du 9 mai 2017 en a fixé les seuils, et c'est là que tout se joue.

Une personne morale devient représentant d'intérêts dès lors qu'un de ses dirigeants, salariés ou membres remplit l'une de deux conditions : consacrer plus de la moitié de son temps à des actions d'influence sur une décision publique, ou entrer en communication, à son initiative, au moins dix fois au cours des douze derniers mois avec un responsable public visé par la loi. Deux mots de ce décret ont fait l'objet de toutes les critiques depuis 2017.

Le premier est « initiative ». Seules comptent les prises de contact décidées par le lobbyiste. Un ministère qui convoque une fédération pour recueillir son avis sur un texte ne déclenche aucune obligation, et la fédération n'a rien à déclarer. La HATVP écrivait dès son rapport du 17 novembre 2021 que ce critère « ne permet pas de retracer l'ensemble des actions d'influence » et crée une inégalité au détriment des petites structures, qui doivent solliciter, face aux grandes, qui sont sollicitées.

Le second est le décompte par personne physique. Une entreprise dont vingt cadres rencontrent chacun neuf fois par an un parlementaire n'atteint jamais le seuil, alors qu'un consultant indépendant qui en rencontre dix y est soumis. La Haute Autorité a demandé en 2021 que le seuil s'apprécie au niveau de la personne morale ; le décret n'a pas été modifié.

Le champ des décideurs visés s'est en revanche élargi. Depuis le 1er juillet 2022, après deux reports votés par le Parlement, les actions dirigées vers les exécutifs locaux des collectivités de plus de 100 000 habitants doivent être déclarées. Et le 24 octobre 2024, le Conseil d'État a jugé que les think tanks ne sont pas, en tant que tels, des représentants d'intérêts, sauf si leur financement, leur gouvernance ou la conduite de leurs travaux révèlent un intérêt identifié : la HATVP a suspendu les contrôles en cours et désinscrit plusieurs organismes.

En pratique, la recherche des non-inscrits reste un travail artisanal. En 2025, la Haute Autorité a clôturé 56 contrôles visant des structures absentes du répertoire ; 16 se sont soldés par une inscription, les autres n'atteignant pas le seuil des dix entrées en communication ou ayant confié leur lobbying à un tiers.

Combien dépensent-ils, et pourquoi personne ne connaît le total ?

Les représentants d'intérêts déclarent chaque année les moyens qu'ils consacrent à leur activité : rémunérations des collaborateurs, frais d'événements, expertises, avantages accordés à des responsables publics, prestations de cabinets, cotisations à des fédérations. Mais ils ne déclarent pas un montant. Ils cochent une fourchette, parmi celles fixées par l'arrêté du 4 juillet 2017 : moins de 10 000 euros, de 10 000 à 25 000, de 25 000 à 50 000, et ainsi de suite.

La conséquence est simple et rarement dite : la HATVP ne publie aucun total des dépenses de lobbying en France, parce que ses propres données ne permettent pas de le calculer. Le bilan annuel se contente d'indiquer, par catégorie d'acteurs, la fourchette moyenne et la fourchette médiane. Pour les entreprises et les groupements professionnels, elles se situent entre 100 000 et 300 000 euros ; pour les associations et les cabinets, nettement en dessous.

Les seules estimations globales viennent de la recherche. Dans la Revue française d'administration publique (2024/2, n° 186), Raphaël Lachièze-Rey reconstitue, à partir des fourchettes déclarées jusqu'en février 2024, un budget annuel de lobbying oscillant autour de 215 millions d'euros pour près de 5 000 lobbyistes déclarés par an. Ce chiffre repose sur une convention de calcul (le milieu de chaque tranche) et non sur des montants réels : il donne un ordre de grandeur, pas une mesure.

À l'échelle européenne, le registre de transparence de l'Union demande lui aussi des fourchettes, mais plus fines et plus hautes. Corporate Europe Observatory en a tiré, en juin 2026, que les 173 entreprises et fédérations déclarant plus d'un million d'euros par an à Bruxelles cumulent au moins 381,75 millions d'euros, près de 50 % de plus qu'en 2020. La comparaison avec les 215 millions français est tentante mais méthodologiquement bancale : périmètres d'acteurs, définitions des dépenses et tranches ne coïncident pas. Ce que les deux chiffres ont en commun, c'est d'être des planchers.

La Haute Autorité a montré en avril 2025, avec une analyse consacrée aux GAFAM, ce que le répertoire permet malgré tout de voir : 533 fiches d'activités entre 2020 et 2024, dont 247 pour Google, 118 pour Amazon, 85 pour Facebook, 56 pour Microsoft et 27 pour Apple, actions menées en propre ou par des cabinets mandatés. Le volume d'actions déclarées ne suit pas le chiffre d'affaires : Microsoft, quatre fois plus gros que Google en France en 2022, déclare près de 200 fiches de moins.

Quelles sanctions ont réellement été prononcées ?

Sur le papier, le dispositif est armé. L'article 18-9 de la loi de 2013 punit d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende le fait, pour un représentant d'intérêts, de ne pas communiquer les informations exigées ; l'article 18-10 prévoit la même peine pour celui qui, après une mise en demeure, méconnaît à nouveau ses obligations déontologiques dans les trois ans. Mais la HATVP ne peut infliger elle-même aucune sanction. Elle dispose d'une procédure graduée : deux rappels après la date limite, inscription automatique sur une liste publique des défaillants au 21e jour, notification de manquement avec deux mois pour régulariser, mise en demeure éventuellement rendue publique, puis transmission au parquet.

Les chiffres de cette chaîne sont publics. Pour l'exercice 2024, 2 884 structures devaient déclarer avant le 31 mars 2025 ; 68 % l'ont fait dans le délai légal, 89 % après relances, et 330 n'avaient rien transmis au 30 avril. En 2024, la Haute Autorité avait adressé 129 notifications de manquement, prononcé 47 mises en demeure et transmis un seul dossier à la justice. En 2025, elle a envoyé 112 notifications et transmis 19 dossiers au parquet, un niveau inédit qu'elle explique elle-même comme la suite logique des mises en demeure de 2024 restées sans effet.

Ce que deviennent ces dossiers au parquet est, en revanche, hors de portée des statistiques publiées. Cette enquête n'a identifié aucune condamnation pénale publiée sur le fondement de l'article 18-9 depuis 2017. La HATVP ne dit pas autre chose lorsqu'elle demande, bilan après bilan, à être dotée d'un pouvoir de sanction administrative, « plus rapide » que la voie pénale, et lorsqu'elle propose la création d'un délit d'entrave à ses contrôles.

Les contrôles de fond, eux, produisent des corrections plutôt que des sanctions. Sur 118 contrôles de déclarations annuelles clôturés en 2025, 85 % ont conduit la structure à modifier ce qu'elle avait déclaré. La Haute Autorité reconnaît par ailleurs avoir été « contrainte de limiter ses activités précontentieuses et contentieuses pendant une partie de l'année 2025 », faute de moyens supplémentaires pour absorber le nouveau répertoire de l'influence étrangère : 79 agents permanents et 12,7 millions d'euros de budget pour l'ensemble de ses missions.


L'entonnoir du contrôle des représentants d'intérêts (exercice 2025)

Source — Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, Rapport d'activité 2025 (28 mai 2026) et Chiffres clés 2024. Les 47 mises en demeure datent de 2024 ; les 19 transmissions au parquet de 2025 en sont la suite.

À partir de quand parle-t-on de trafic d'influence ?

Le trafic d'influence ne figure pas dans la loi Sapin II. Il relève du code pénal, à deux articles symétriques. L'article 432-11 vise la personne dépositaire de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou investie d'un mandat électif qui sollicite ou agrée, sans droit, un avantage quelconque pour abuser de son influence réelle ou supposée en vue d'obtenir d'une autorité publique une distinction, un emploi, un marché ou toute décision favorable. L'article 433-1 vise, en miroir, celui qui propose ou cède à cette sollicitation. Les deux sont punis de dix ans d'emprisonnement et d'un million d'euros d'amende, montant qui peut être porté au double du produit de l'infraction.

Trois éléments distinguent ce délit du lobbying licite. Il n'exige pas que l'influence soit réelle : une influence supposée suffit. Il n'exige pas que la décision ait été obtenue : le pacte suffit. Et il ne suppose aucun montant minimal : l'avantage peut être un emploi promis, un déjeuner répété ou un vol en hélicoptère.

Les juridictions l'ont rappelé à plusieurs reprises depuis deux ans. Le 18 décembre 2024, la Cour de cassation (pourvoi n° 23-83.178) a rendu définitive la condamnation de Nicolas Sarkozy pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire dite Bismuth, à trois ans d'emprisonnement dont un an ferme sous surveillance électronique : la promesse d'un poste à Monaco faite à un magistrat en échange d'informations sur une procédure en cours. Le 29 janvier 2025, la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris a condamné Alain Lambert, ancien ministre du Budget et président du conseil général de l'Orne de 2007 à 2017, à deux ans de prison avec sursis, 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité pour trafic d'influence passif : entre 2009 et 2013, il avait accepté des déjeuners et un survol du massif du Mont-Blanc en hélicoptère de la société GDE, qui cherchait à implanter un centre d'enfouissement à Nonant-le-Pin. La cour d'appel de Paris a ramené la peine, en octobre 2025, à dix-huit mois avec sursis et 60 000 euros d'amende, mais a confirmé la culpabilité. Le 25 septembre 2025, dans le dossier du financement libyen, Claude Guéant a été condamné en première instance à six ans d'emprisonnement pour corruption, trafic d'influence passif et faux ; il a fait appel.

La Cour des comptes, dans son évaluation de la politique de lutte contre la corruption publiée le 9 décembre 2025, situe l'échelle du contentieux : 934 faits d'atteinte à la probité constatés par la police et la gendarmerie en 2024, et 350 condamnations prononcées en 2022, toutes infractions confondues, de la concussion au trafic d'influence. Elle relève aussi que le ministère de la Justice n'a publié aucune circulaire de politique pénale sur ce contentieux depuis plus de dix ans.


Dix ans d'encadrement du lobbying en France et à Bruxelles

Loi Sapin II

L'article 25 crée le répertoire des représentants d'intérêts et confie sa gestion à la HATVP. Le décret du 9 mai 2017 fixe les seuils : plus de la moitié du temps de travail ou dix entrées en communication par an, décomptées par personne physique.

Source — Légifrance (loi n° 2016-1691, décret n° 2017-867, loi n° 2024-850) ; HATVP, rapports 2021 et 2025 ; Cour des comptes européenne, rapport spécial 05/2024 ; Cour de cassation, 18 décembre 2024 ; Cour des comptes, 9 décembre 2025.

Le registre européen fait-il mieux que le répertoire français ?

Les deux dispositifs ne reposent pas sur la même logique, et la comparaison des chiffres bruts induit en erreur. Au 31 décembre 2025, le registre de transparence de l'Union comptait 16 474 entités inscrites, selon le rapport annuel de son secrétariat publié le 25 août 2026, contre 3 526 en France. L'écart ne mesure pas une intensité de lobbying quatre fois supérieure à Bruxelles : il mesure une différence de définition. En France, l'inscription est une obligation légale déclenchée par un seuil d'activité et assortie d'une peine pénale. À Bruxelles, elle est volontaire et repose sur l'incitation : sans inscription, pas de badge d'accès au Parlement, pas de rendez-vous avec un commissaire, pas d'audition en commission. Depuis le 1er septembre 2025, cette conditionnalité a encore été durcie, ce que le secrétariat relie directement à la hausse des demandes d'inscription.

Le registre européen publie en revanche ce que le répertoire français ne montre pas : les rencontres. En 2025, les députés européens ont déclaré 32 122 réunions avec des représentants d'intérêts, et la Commission a publié 7 226 réunions de commissaires ou de membres de leurs cabinets, plus 7 057 réunions de ses cadres dirigeants, avec 5 079 organisations inscrites. En France, aucun agenda de ministre ou de parlementaire n'est adossé au répertoire ; c'est le lobbyiste seul qui déclare, a posteriori et par fiche synthétique.

Sur les sanctions, les deux systèmes se rejoignent dans leur faiblesse, pour des raisons opposées. La Cour des comptes européenne, dans son rapport spécial 05/2024, écrit que l'accord interinstitutionnel de 2021 « n'est pas un acte législatif et ne peut donc prévoir de sanctions » : la seule mesure coercitive est la radiation. Entre 2019 et 2022, 990 lobbyistes ont été radiés chaque année, mais six seulement à la suite d'une plainte ou d'une enquête, les autres pour défaut de mise à jour. En 2025, le secrétariat a mené 2 567 contrôles de qualité ciblés (contre 4 441 en 2024), radié 223 entités à l'issue de ces contrôles et 1 411 automatiquement ; il a reçu 18 nouvelles plaintes, dont huit jugées irrecevables. La France dispose d'une sanction pénale que personne n'applique ; l'Union d'une radiation que tout le monde applique mais qui ne coûte rien.

Que disent la HATVP et les Cours des comptes des limites du dispositif ?

Les critiques les plus précises du système français ne viennent pas des ONG mais de l'autorité chargée de l'appliquer. Depuis son rapport de novembre 2021, la HATVP répète cinq demandes : supprimer le critère d'initiative, apprécier les seuils au niveau de la personne morale, passer d'une déclaration annuelle à une déclaration semestrielle, préciser les informations exigées sur la décision visée, et obtenir un pouvoir de sanction administrative en cas de non-dépôt. Son bilan 2024 y ajoute un droit de communication auprès des responsables publics visés par une action, et la création d'un délit d'entrave. Le rapport d'activité 2025 constate, à propos de sa nouvelle mission sur l'influence étrangère, qu'un « renforcement des moyens humains et financiers apparaît indispensable ».

La Cour des comptes française, en décembre 2025, décrit un cadre anticorruption « construit par empilement », dont le coût direct pour l'État atteint au minimum 22 millions d'euros et 170 postes, répartis entre une demi-douzaine d'acteurs créés entre 2013 et 2025. Elle note que la HATVP « ne dispose pas du pouvoir de sanction » contre les manquements des responsables publics à leurs obligations déclaratives et propose, parmi trois scénarios institutionnels, sa fusion avec l'Agence française anticorruption.

La Cour des comptes européenne, de son côté, a relevé à Bruxelles des doublons d'inscriptions, des données financières incohérentes ou incomplètes, et un risque structurel : les inscrits choisissent eux-mêmes leur catégorie, or c'est cette catégorie qui détermine ce qu'ils doivent divulguer de leurs financements. Une structure financée par des tiers peut ainsi se déclarer représentante de ses propres intérêts et échapper à l'obligation de nommer ses clients.

Reste une limite qu'aucune de ces institutions ne peut lever seule : le dispositif français rend visibles les acteurs qui acceptent d'être vus. Celui qui fait déjeuner un élu sans jamais franchir le seuil des dix contacts, ou qui laisse l'administration venir à lui, n'a rien à déclarer et ne commet aucune infraction. Il ne passe la ligne que le jour où un avantage est promis contre une décision ; ce jour-là, ce n'est plus la HATVP qui s'en occupe, mais le parquet national financier.

Ce que cette enquête n'a pas pu établir

Le montant total des dépenses de lobbying en France reste inconnu, par construction : la déclaration par fourchettes interdit toute addition fiable, et les 215 millions d'euros cités ici sont une reconstitution universitaire, pas une donnée publique.

Le nombre de condamnations prononcées sur le fondement des articles 18-9 et 18-10 de la loi de 2013 n'est publié ni par la HATVP ni par le ministère de la Justice. L'absence de décision identifiée ne prouve pas l'absence de décision ; elle prouve l'absence de suivi public.

La part des actions d'influence qui échappent au répertoire du fait du critère d'initiative n'est pas mesurable, précisément parce que ces actions ne sont pas déclarées. La HATVP la juge significative sans pouvoir la chiffrer.

Le répertoire de l'influence étrangère, ouvert le 1er octobre 2025, n'avait donné lieu à aucune statistique publique d'inscriptions à la date de cette enquête ; la Haute Autorité indiquait seulement qu'une cinquantaine d'entités étaient « en lien » avec elle au sujet de leur inscription éventuelle.

Enfin, cette enquête ne traite ni des règles déontologiques propres aux assemblées (cadeaux, invitations, déports), ni des clubs parlementaires, ni du financement des campagnes, qui relèvent d'autres textes et d'autres autorités.

FAQ

Oui. La représentation d'intérêts est reconnue par la loi du 11 octobre 2013, modifiée par la loi Sapin II de 2016, à condition d'être déclarée au répertoire de la HATVP dès que les seuils du décret du 9 mai 2017 sont atteints et de respecter les obligations déontologiques (ne pas rémunérer un responsable public, ne pas lui remettre de cadeaux d'une valeur significative, ne pas obtenir d'informations par des moyens frauduleux). Le non-dépôt des déclarations est passible d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende.

Quelle est la différence entre lobbying et trafic d'influence ?

Le lobbying consiste à argumenter, informer et convaincre un décideur public, à visage découvert et sans contrepartie. Le trafic d'influence, défini aux articles 432-11 et 433-1 du code pénal, commence dès qu'un avantage quelconque est sollicité, proposé ou accepté en échange d'une influence, réelle ou supposée, sur une décision publique. La décision n'a pas besoin d'être obtenue et l'avantage n'a pas de montant minimal ; la peine encourue est de dix ans d'emprisonnement et un million d'euros d'amende.

Combien de représentants d'intérêts sont inscrits à la HATVP ?

Au 31 décembre 2025, le répertoire comptait 3 526 structures inscrites, en hausse de 9,7 % sur un an, et 107 671 fiches d'activités publiées depuis 2017. Les sociétés commerciales représentent 30,3 % des inscrits, les organisations syndicales et professionnelles 22,3 % et les associations 21 %. À titre de comparaison, le registre de transparence de l'Union européenne, fondé sur l'inscription volontaire, comptait 16 474 entités à la même date.

La HATVP a-t-elle déjà sanctionné un lobbyiste ?

Elle ne le peut pas directement. La Haute Autorité prononce des mises en demeure (47 en 2024) et transmet les dossiers au parquet (19 en 2025), mais seule la justice pénale peut condamner. Aucune condamnation publiée sur le fondement des articles 18-9 et 18-10 de la loi de 2013 n'a été identifiée par cette enquête, et la HATVP demande depuis 2021 à être dotée d'un pouvoir de sanction administrative qu'elle juge plus rapide et plus dissuasif.


L'enquête en slides

3 526 lobbyistes déclarés, 19 dossiers au parquet, zéro condamnation identifiée : où passe vraiment la ligne entre lobbying légal et trafic d'influence ?
1. 3 526 lobbyistes déclarés, 19 dossiers au parquet, zéro condamnation identifiée : où passe vraiment la ligne entre lobbying légal et trafic d'influence ?
Au 31 décembre 2025, le répertoire de la HATVP compte 3 526 structures inscrites et 107 671 fiches d'activités publiées depuis 2017.
2. Au 31 décembre 2025, le répertoire de la HATVP compte 3 526 structures inscrites et 107 671 fiches d'activités publiées depuis 2017.
Le seuil d'inscription : plus de la moitié du temps d'un salarié, ou dix contacts par an à son initiative. Une entreprise dont vingt cadres en font neuf chacun n'a rien à déclarer.
3. Le seuil d'inscription : plus de la moitié du temps d'un salarié, ou dix contacts par an à son initiative. Une entreprise dont vingt cadres en font neuf chacun n'a rien à déclarer.
Les dépenses sont déclarées par fourchettes, jamais en montant. Résultat : personne ne connaît le total du lobbying en France. Une étude universitaire l'estime autour de 215 millions d'euros par an.
4. Les dépenses sont déclarées par fourchettes, jamais en montant. Résultat : personne ne connaît le total du lobbying en France. Une étude universitaire l'estime autour de 215 millions d'euros par an.
Pour l'exercice 2024, 330 inscrits n'ont rien déclaré. La HATVP a prononcé 47 mises en demeure en 2024 et transmis 19 dossiers au parquet en 2025. Elle ne peut sanctionner elle-même.
5. Pour l'exercice 2024, 330 inscrits n'ont rien déclaré. La HATVP a prononcé 47 mises en demeure en 2024 et transmis 19 dossiers au parquet en 2025. Elle ne peut sanctionner elle-même.
Le trafic d'influence commence dès qu'un avantage est promis contre une influence, même supposée : dix ans de prison et un million d'euros d'amende. Un déjeuner ou un vol en hélicoptère suffisent.
6. Le trafic d'influence commence dès qu'un avantage est promis contre une influence, même supposée : dix ans de prison et un million d'euros d'amende. Un déjeuner ou un vol en hélicoptère suffisent.
Décembre 2024 : arrêt Bismuth, trois ans dont un ferme. Janvier 2025 : un ancien ministre condamné pour trafic d'influence dans l'Orne. Septembre 2026 : procès Renault-Nissan.
7. Décembre 2024 : arrêt Bismuth, trois ans dont un ferme. Janvier 2025 : un ancien ministre condamné pour trafic d'influence dans l'Orne. Septembre 2026 : procès Renault-Nissan.
À Bruxelles, 16 474 entités inscrites au registre de transparence, mais aucune sanction possible : l'inscription est volontaire. La Cour des comptes européenne parle d'informations « utiles mais limitées ».
8. À Bruxelles, 16 474 entités inscrites au registre de transparence, mais aucune sanction possible : l'inscription est volontaire. La Cour des comptes européenne parle d'informations « utiles mais limitées ».
Seuils, sanctions réelles, condamnations et angles morts : l'enquête complète et ses 21 sources sont sur Le Journal LSI.
9. Seuils, sanctions réelles, condamnations et angles morts : l'enquête complète et ses 21 sources sont sur Le Journal LSI.
Source — Le Journal LSI