Pendant cinquante ans, un score à trois chiffres a conditionné l'accès aux grandes écoles de commerce américaines et européennes. Ce chiffre-là s'effondre. Les données publiées par l'organisme qui administre le test en donnent la mesure — et l'interprétation qu'il en propose mérite d'être examinée séparément des faits qu'il publie.

De combien le GMAT a-t-il réellement reculé ?

Les chiffres sont connus et confirmés par le Graduate Management Admission Council, propriétaire et administrateur du test.

Au cours de l'année de test 2025, 93 196 examens GMAT ont été passés dans le monde, contre 115 286 en 2024 — une baisse de 19 % en un an.

Rapportée au pic historique, la chute est bien plus profonde. Le volume mondial culminait à 265 613 examens en 2009. La contraction dépasse donc 65 % en seize ans.

Le marché américain suit la même pente : 19 620 candidats aux États-Unis en 2025, contre 23 299 l'année précédente, soit un recul de 15,8 %.

Volume mondial d'examens GMAT passés

Source — Graduate Management Admission Council, données d'année de test, rapportées par Poets&Quants (29 octobre 2025). L'année de test GMAC ne coïncide pas avec l'année civile.

Qu'est-ce qui a vraiment provoqué cette chute ?

Quatre causes se superposent, et elles n'ont pas le même poids.

La bascule vers les admissions sans test obligatoire. Engagée massivement pendant la pandémie, lorsque les centres d'examen ont fermé, elle s'est installée durablement. Une école qui n'exige plus de score voit mécaniquement une partie de ses candidats renoncer à le passer.

La concurrence du GRE. Le Graduate Record Examination est accepté par la quasi-totalité des programmes de MBA depuis une quinzaine d'années. Une partie du volume perdu par le GMAT n'a pas disparu : elle s'est déplacée. Les données GMAC ne mesurent que le GMAT, ce qui surestime la contraction du marché global des tests d'admission.

La contraction du marché du MBA lui-même. Le nombre de candidatures a reflué après les pics de la pandémie. La concentration est nette : 52 % des programmes du quartile le plus sélectif déclarent une hausse de candidatures, contre 28 % du quartile le moins sélectif. Le marché ne se contracte pas uniformément, il se polarise.

Le coût et la durée de préparation. Un candidat qui peut être admis sans score compare une préparation de plusieurs mois à une absence d'obligation. L'arbitrage est vite fait, et il l'est d'autant plus vite que le retour sur investissement du MBA lui-même est plus discuté qu'il ne l'était.

Que vaut la recherche qui dit qu'il faut quand même le passer ?

C'est le point où l'enquête doit être la plus prudente, et le plus explicite sur ses réserves.

En décembre 2025, Poets&Quants a publié un article intitulé « Should MBA candidates skip the GMAT? Not so fast, says new research ». Il avance que la part des recruteurs qui prennent en compte le score GMAT d'un candidat à l'emploi est passée de 25 % en 2020 à 64 % en 2025, d'après l'enquête Corporate Recruiters Survey du GMAC.

Deux précautions s'imposent avant d'en tirer quoi que ce soit.

L'auteur de l'article est Adam Witwer, Chief Product Officer du GMAC — c'est-à-dire un dirigeant de l'organisation qui possède et commercialise le GMAT. Il ne s'agit pas d'une recherche indépendante mais d'une tribune d'un acteur intéressé, publiée dans un média spécialisé. Cela ne rend pas le chiffre faux ; cela interdit de le traiter comme un arbitrage extérieur.

L'enquête citée ne mesure pas ce que le titre suggère. La Corporate Recruiters Survey interroge des recruteurs sur leurs pratiques déclarées. Elle ne compare pas les taux d'admission ou les montants de bourse obtenus par des candidats ayant ou non soumis un score, ce qui serait la mesure directe de la question posée. Cette comparaison-là n'a pas été trouvée dans les publications examinées.

Ce que cette enquête n'a pas pu établir, donc : l'effet chiffré de soumettre ou non un score sur la probabilité d'admission et sur le montant des bourses. C'est la donnée qui trancherait le débat, et elle n'est pas publique.

Cinquante ans d'un test qui perd son monopole

Le sommet

265 613 examens passés dans le monde. Le GMAT est de fait obligatoire pour tout candidat sérieux à un MBA de premier rang, et le GRE n'est encore accepté que par une minorité de programmes.

Source — Graduate Management Admission Council ; Educational Testing Service ; données de volume rapportées par Poets&Quants (2025). Dates de référence des évolutions du format et du marché.

Pour qui le GMAT reste-t-il décisif ?

La réponse dépend presque entièrement de la nationalité du candidat et du programme visé — et c'est la nuance que le débat « le GMAT est mort » efface.

Le mouvement test-optional est très majoritairement domestique. Il concerne les candidats américains et canadiens postulant à des programmes nord-américains. La grande majorité des candidats internationaux continue de soumettre un score.

Trois raisons structurelles l'expliquent, et aucune n'est appelée à disparaître.

L'équivalence des diplômes est difficile à évaluer. Un jury d'admission américain sait lire un relevé de notes d'une université américaine. Il lit moins bien un dossier d'une université française, indienne ou nigériane. Le score standardisé est le seul élément directement comparable du dossier.

Les bourses sont largement indexées sur le score. Pour un candidat international, dont le financement conditionne souvent la faisabilité même du projet, un score élevé reste le levier de négociation le plus direct.

Les visas et les classements pèsent en arrière-plan. Les écoles suivent la moyenne des scores de leur promotion parce qu'elle alimente les classements auxquels leur attractivité est adossée. Une école qui accepte trop de dossiers sans score dégrade une statistique qu'elle publie.

Conséquence pratique pour un candidat français : viser une business school américaine, britannique ou singapourienne sans score est un pari, pas une norme. Viser un programme français ou européen continental l'est beaucoup moins — mais alors le GMAT n'est souvent pas le test attendu.

Comment décider de le passer ou non ?

Trois questions suffisent, dans cet ordre.

Le programme visé l'exige-t-il explicitement ? Cette information est publiée par chaque école, elle change chaque année, et elle est la seule qui compte. « Test-optional » et « test-blind » ne signifient d'ailleurs pas la même chose : dans le premier cas un score soumis est examiné, dans le second il est ignoré.

Le dossier a-t-il un point faible que le score peut compenser ? Un parcours académique moyen, une reconversion, un diplôme d'un établissement inconnu du jury : ce sont les situations où un score élevé produit le plus d'effet. Un dossier déjà solide en tire moins.

Le financement dépend-il d'une bourse au mérite ? Si oui, le score cesse d'être une question d'admission pour devenir une question de coût. C'est souvent l'argument le plus décisif, et le moins discuté.

Un quatrième critère, souvent oublié : le temps de préparation est un coût réel. Plusieurs centaines d'heures consacrées à un test valent d'être comparées aux mêmes heures consacrées à consolider une expérience professionnelle, qui pèse elle aussi dans un dossier d'admission.

Ce que la refonte de 2023 a changé, et ce qu'elle n'a pas changé

Face à l'érosion de son volume, le GMAC a refondu son test en 2023 sous le nom de GMAT Focus Edition. La refonte est substantielle et elle a une conséquence pratique que beaucoup de candidats découvrent trop tard.

Le test est plus court. La durée totale a été ramenée autour de deux heures et quart, contre plus de trois heures pour l'ancien format. La section Integrated Reasoning, introduite en 2012, a été supprimée ; une section Data Insights l'a remplacée. L'essai analytique de l'ancien format n'est plus au programme.

L'échelle de score a changé. C'est le point le plus lourd de conséquences. Les scores de la Focus Edition ne se lisent pas sur la même échelle que ceux de l'ancien format, et un score qui paraissait excellent sous l'ancien barème peut correspondre à un percentile différent sous le nouveau. Un candidat qui compare son résultat à des moyennes d'admission publiées avant la bascule compare deux grandeurs distinctes.

Le classement percentile est la seule lecture valable. Puisque les échelles diffèrent, la position relative — le pourcentage de candidats dépassés — est le seul indicateur comparable dans le temps. Les écoles raisonnent en percentile ; les candidats raisonnent en score brut. L'écart entre les deux est une source récurrente de mauvaise estimation.

Ce que la refonte n'a pas changé : la trajectoire de volume. Deux ans après son lancement, le test enregistre sa plus forte baisse annuelle récente, avec 19 % de recul en 2025. Un produit mieux conçu ne compense pas la disparition de l'obligation qui le rendait nécessaire. C'est le constat le plus net de cette enquête, et il vaut au-delà du GMAT : lorsqu'un dispositif de sélection perd son caractère obligatoire, l'amélioration du dispositif ne restaure pas la demande.

Ce que cette enquête n'établit pas

Les volumes cités portent sur le seul GMAT. Le report d'une partie des candidats vers le GRE n'est pas quantifié ici, faute d'accès aux séries d'Educational Testing Service sur la même période et le même périmètre. La contraction du marché global des tests d'admission en management est donc nécessairement inférieure aux 65 % constatés sur le GMAT seul.

L'effet du dépôt d'un score sur la probabilité d'admission et sur le montant des bourses n'a pas pu être établi. Les publications examinées reposent sur des déclarations de recruteurs ou d'écoles, pas sur une comparaison de cohortes.

Enfin, cette enquête n'aborde pas la question de la valeur prédictive du GMAT sur la réussite académique ou professionnelle ultérieure — sujet qui a fait l'objet d'une littérature scientifique substantielle et contradictoire, et qui appellerait un traitement distinct.

FAQ

Combien de personnes passent encore le GMAT ?

93 196 examens ont été passés dans le monde au cours de l'année de test 2025, contre 115 286 en 2024 et 265 613 au pic de 2009. Le volume mondial est passé sous la barre des 100 000 pour la première fois.

Peut-on entrer en MBA sans passer le GMAT ?

Dans de nombreux programmes, oui, mais la politique varie selon l'école et l'année. La bascule vers les admissions sans test concerne surtout les candidats domestiques nord-américains ; la grande majorité des candidats internationaux continue de soumettre un score.

Le GMAT est-il encore utile pour un candidat français ?

Pour viser une business school américaine, britannique ou asiatique, le score reste dans les faits attendu, notamment parce qu'il est le seul élément directement comparable d'un dossier étranger et parce que les bourses au mérite y sont largement indexées. Pour un programme français ou européen continental, le GMAT n'est souvent pas le test demandé.

Faut-il croire les études qui disent que le GMAT compte toujours ?

Elles méritent d'être lues en regardant qui les publie. La donnée souvent citée — la part des recruteurs considérant le score passée de 25 % en 2020 à 64 % en 2025 — provient de l'enquête du GMAC, l'organisme qui commercialise le test, et a été mise en avant par l'un de ses dirigeants. Aucune étude indépendante comparant les taux d'admission avec et sans score n'a été identifiée.