« Il faut 700 au GMAT. » Cette phrase, répétée dans tous les forums de préparation, a un défaut rédhibitoire : le score 700 n'existe plus. Depuis février 2024, le GMAT est noté de 205 à 805, par paliers de dix, et tous les scores se terminent par un 5. Les écoles, elles, publient encore des moyennes sur deux échelles à la fois, parfois trois populations de candidats distinctes, et de plus en plus souvent rien du tout.
Cette enquête part des documents que les écoles publient elles-mêmes — profils de promotion, rapports d'admission, pages de frais — et de deux compilations récentes du secteur. Elle ne dit pas quel score obtenir. Elle établit ce que les chiffres publiés recouvrent, ce qu'ils dissimulent par construction, et ce qu'ils coûtent à celui qui décide de s'y conformer.
L'enquête en 30 secondes
Que publient réellement les écoles, et sur quelle échelle ?
Le premier obstacle n'est pas le niveau exigé. C'est l'unité de mesure.
Harvard Business School publie, pour sa promotion 2027, trois populations distinctes. Sur 943 étudiants admis et 9 409 candidatures reçues au cours de l'année universitaire 2024-2025, 44 % ont présenté un GRE, 34 % un GMAT Focus Edition et 28 % un GMAT dixième édition, l'ancien format. Le total dépasse cent : une partie des candidats a soumis deux tests. La moyenne générale de licence s'établit à 3,76 sur 4.
Chicago Booth fait de même pour sa promotion 2027 — 635 étudiants pour 5 876 candidatures — mais avec des chiffres qui montrent l'ampleur du télescopage. Sur l'ancienne échelle, la moyenne s'affiche à 729 et la médiane à 730. Sur l'échelle Focus, la moyenne tombe à 670 et la médiane à 675. Ce sont deux nombres pour une seule promotion, et ils ne se comparent pas : soixante points d'écart apparent qui ne traduisent aucune différence de niveau, seulement un changement de barème.
Wharton, à la date de consultation, affichait pour sa promotion 2027 des champs de scores vides. Les derniers chiffres complets disponibles portaient sur la promotion 2026 : 7 322 candidatures, 866 étudiants, une moyenne GMAT de 732 sur l'ancienne échelle, un GRE moyen de 163 en verbal et 162 en quantitatif, une moyenne de licence de 3,68.
Conséquence directe : toute comparaison entre deux écoles suppose de vérifier d'abord sur quelle échelle chacune s'exprime, pour quelle promotion, et si le chiffre annoncé est une moyenne ou une médiane. Harvard publie une médiane. Booth publie les deux. La plupart des tableaux comparatifs qui circulent mélangent les trois sans le signaler.
Moyennes GMAT Focus Edition des promotions 2027, écoles américaines de premier plan
Pourquoi la moyenne d'une promotion est-elle l'information la moins utile ?
Parce qu'une moyenne est un point, et qu'une admission est un intervalle.
Harvard Business School publie, à côté de sa médiane de 685, l'intervalle central de sa promotion : 645 à 735 sur l'échelle Focus. Ces bornes délimitent les 80 % du milieu. Elles signifient donc qu'un admis sur dix est entré avec un score inférieur à 645, et un sur dix avec un score supérieur à 735. Sur l'ancienne échelle, le même document donne 690 à 770 pour une médiane de 730.
Chicago Booth publie 615 à 725 sur l'échelle Focus, pour une médiane de 675. Un admis sur dix, à Booth, est donc entré avec moins de 615.
Rapportons ces bornes à la table de concordance officielle du GMAC de juillet 2025, qui donne le percentile mondial de chaque score. Un 645 correspond au 86,7e percentile. Un 615, au 76,4e percentile : autrement dit, près d'un candidat sur quatre dans le monde fait mieux que la borne basse de Booth. Un 735, au 99,5e.
L'écart entre le discours et les données est là, entier. Un candidat à 630 se croit hors-jeu à Booth parce qu'il compare son score à une moyenne de 670. Il se situe en réalité au-dessus de la borne basse publiée par l'école pour sa propre promotion.
Kellogg fournit l'illustration parallèle sur l'autre critère académique : l'école indique que sa dernière promotion de MBA à temps plein est arrivée avec des moyennes de licence allant de 2,7 à 4,0. Une école dont la moyenne de GPA tourne autour de 3,7 a donc admis des étudiants à 2,7. Aucun de ces deux nombres ne ment. Un seul des deux est utile à un candidat qui cherche à savoir s'il a une place dans la distribution.
Jusqu'où descend vraiment le bas de la fourchette, en Europe ?
Plus bas qu'aux États-Unis, et le contraste mérite d'être posé sans commentaire.
L'IESE Business School publie pour son MBA une fourchette de scores GMAT — pas une moyenne — et cette fourchette s'étend de 545 à 715 sur l'échelle Focus, contre 580 à 750 sur l'ancienne. La promotion compte plus de 370 participants, dont 85 % d'internationaux venus de plus de cinquante pays, d'un âge moyen de 29 ans et cumulant 5,4 années d'expérience professionnelle en moyenne.
Le chiffre à retenir est la borne basse. Un score de 545 correspond au 41,9e percentile dans la table GMAC de juillet 2025. Il est donc inférieur à la médiane mondiale des candidats au GMAT, qui se situe à 565. Une école européenne classée parmi les toutes premières du continent publie noir sur blanc que le bas de sa fourchette d'admission passe sous la moitié de la population testée.
À l'inverse, plusieurs écoles européennes de premier rang ne publient plus de score du tout. La London Business School détaille pour sa promotion 2027 un effectif de 514 étudiants, 66 nationalités, 44 % de femmes et 5,5 ans d'expérience moyenne — et pas la moindre statistique de GMAT. Son site se borne à indiquer qu'« un bon score GMAT ou GRE démontre votre préparation ». HEC Paris présente son profil de promotion en termes de nationalités, de secteurs d'origine et d'entreprises de provenance, sans chiffre de test. La page de profil de l'INSEAD consultée renvoyait une erreur.
Cette asymétrie a un effet concret. Sur le marché de l'information, les écoles américaines fournissent des distributions vérifiables ; les écoles européennes fournissent des récits. Un candidat français qui compare une école américaine à une école européenne ne compare pas deux exigences : il compare une donnée à son absence.
Ce que les bornes basses publiées valent en percentile mondial
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Harvard : borne basse de l'intervalle central, soit le 86,7e percentile mondial. Un admis sur dix est entré en dessous.
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Chicago Booth : borne basse de l'intervalle central, soit le 76,4e percentile. Près d'un candidat sur quatre dans le monde fait mieux.
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IESE : borne basse de la fourchette publiée, soit le 41,9e percentile. En dessous de la médiane mondiale, qui se situe à 565.
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Harvard : borne haute de l'intervalle central, soit le 99,5e percentile. Un admis sur dix se situe au-dessus.
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Part de la promotion contenue entre les deux bornes basses et hautes publiées : la moyenne ne dit rien des deux déciles extrêmes.
Pourquoi le GRE grignote-t-il le GMAT si vite ?
Parce que les écoles ont cessé de distinguer les deux tests, et que les candidats l'ont compris avant les préparateurs.
Une compilation publiée par Poets&Quants le 28 août 2026, portant sur vingt-six grandes écoles américaines, chiffre le mouvement : 35,8 % des admis de la promotion 2027 ont présenté un GRE, contre 32,9 % un an plus tôt et 31,7 % deux ans plus tôt. La progression est régulière plutôt que brutale — trois points en deux ans.
Le chiffre de rupture est ailleurs, dans la série longue. Pour les sept écoles américaines les plus sélectives, la part des admis présentant un GRE est passée de 12,8 % en 2017 à 42,4 % pour la promotion 2027, soit 29,6 points de hausse en huit ans. Le GRE n'y est plus un test alternatif : il y est l'option majoritaire ou à égalité.
Le classement par école est éloquent : Berkeley Haas 56 %, Dartmouth Tuck 54 %, Duke Fuqua 48 %, Yale School of Management 47 %, Harvard Business School et Stanford 44 %, MIT Sloan et Columbia 43 %, Chicago Booth 42 %. Yale a gagné dix points en un an, passant de 37 % à 47 % ; Texas McCombs neuf points, de 28 % à 37 %.
Deux données tempèrent l'emballement. D'abord, le niveau du GRE présenté ne monte pas : sur seize écoles disposant de séries comparables entre 2021 et 2025, le score combiné quantitatif plus verbal est passé de 323,6 à 324 — moins d'un demi-point en quatre ans. Ensuite, à l'intérieur même du GMAT, la bascule vers le nouveau format est désormais achevée : dans 45 des 47 programmes américains de premier plan disposant de données comparables, la promotion 2027 a présenté davantage de GMAT Focus que d'anciens GMAT. Kellogg est passé de 3 % à 46 % de scores Focus en un an, Booth de 4 % à 39 %.
Une divergence de périmètre à signaler. Les 35,8 % de la compilation Poets&Quants portent sur vingt-six écoles ; Harvard, prise isolément, publie 44 %, Booth 42 %. Les deux séries ne se contredisent pas : la moyenne sur vingt-six établissements inclut des écoles moins sélectives où le GRE est moins répandu. Un candidat qui lit « un tiers des admis présentent un GRE » et vise une école du haut du panier lit un chiffre qui n'est pas le sien.
Huit ans de bascule vers le GRE et vers le nouveau GMAT
Le GRE reste marginal
Dans les sept écoles américaines les plus sélectives disposant de données pour cette année-là, 12,8 % des admis présentent un GRE. Le GMAT est encore le format par défaut de la candidature en MBA.
Que valent les tableaux de « moyennes par école » qui circulent ?
Moins que leur mise en page ne le suggère, et pour une raison précise que l'un d'eux a l'honnêteté de signaler.
La compilation tenue par Magoosh, mise à jour le 26 mai 2026, couvre cinquante programmes et donne pour chacun une moyenne sur l'échelle Focus et une moyenne sur l'échelle classique : Stanford 689 et 738, Wharton 676 et 735, Booth 670 et 729, Harvard 685 et 730, Kellogg 687 et 733, MIT Sloan 675 et 720, Columbia 690 et 734, Yale 675 et 740.
Le détail qui compte est dans les notes de bas de tableau. Certaines valeurs sont marquées d'une croix : elles ne sont pas publiées par l'école, elles ont été déduites par conversion depuis le score de l'autre échelle. Cornell Johnson apparaît ainsi avec 655 en Focus, valeur dérivée, et 710 en classique. Iowa State avec 565 dérivé et 609. D'autres lignes signalent qu'il s'agit d'une médiane et non d'une moyenne, ou que le chiffre agrège plusieurs formats de programme — c'est le cas de Georgetown McDonough, crédité de 625 et 700 sur des données de 2025.
Or la conversion entre les deux échelles n'est pas une opération exacte. Le GMAC précise, dans la note de sa propre table de concordance, que celle-ci « peut faire apparaître une plage de scores liés, en raison de la nature du calcul des percentiles ». Dans la zone la plus fréquentée du barème, un score Focus correspond à quatre scores anciens différents. Une moyenne Focus obtenue par conversion d'une moyenne ancienne hérite donc d'une incertitude de plusieurs dizaines de points, jamais affichée dans la colonne.
Ce que cela implique pour la lecture d'un classement de scores : un écart de cinq points entre deux écoles dans un tel tableau n'a aucune signification, puisqu'il est inférieur au pas de l'échelle — dix points — et très inférieur à l'imprécision de conversion. Columbia à 690 et Stanford à 689 sont, du point de vue du barème, le même chiffre.
Pourquoi certaines écoles cessent-elles de publier leurs scores ?
L'enquête ne peut pas répondre à la question des motivations, faute de déclaration publique des établissements concernés. Elle peut en revanche constater le phénomène et en mesurer l'effet.
Trois cas relevés à la même date. La London Business School publie un profil détaillé de sa promotion 2027 sans aucune statistique de test. HEC Paris publie un profil de promotion sans score. Wharton affichait des champs de scores non renseignés pour sa promotion 2027, l'école renvoyant aux chiffres de la promotion précédente et rappelant qu'« il n'y a pas de score GMAT ou GRE minimum requis ».
L'effet est mécanique : les compilations comparatives ne peuvent inclure que les écoles qui publient. Le tableau de Magoosh porte explicitement sur les cinquante programmes « classés », et Poets&Quants raisonne sur les « quarante-sept programmes disposant de données comparables » — une formule qui dit exactement ce qu'elle dit. Une école qui cesse de publier sort du comparatif sans que son niveau réel ait bougé, et le lecteur ne voit pas le trou.
Il faut ajouter une limite structurelle que ni les écoles ni les compilateurs ne masquent, mais que personne ne rappelle : un profil de promotion décrit les étudiants inscrits, pas les candidats admis. Entre l'admission et l'inscription s'intercale le choix du candidat, qui arbitre entre plusieurs offres et plusieurs bourses. Le profil publié est donc filtré deux fois — par l'école, puis par le marché.
Combien coûte réellement une campagne de candidatures ?
Les chiffres suivants sont ceux qui sont publiés. Ils n'incluent ni les frais de scolarité, ni le coût d'opportunité du temps de préparation.
Le test. Le GMAT est facturé de l'ordre de 275 dollars en centre d'examen et 300 dollars en ligne aux États-Unis, 275 et 300 euros dans la zone euro. Le tarif inclut l'envoi du relevé à cinq programmes, à condition de les désigner dans les quarante-huit heures suivant la publication du score ; chaque relevé supplémentaire coûte ensuite environ 35 dollars. Reporter un rendez-vous à moins de quinze jours coûte jusqu'à 165 dollars.
Le dossier. Stanford Graduate School of Business facture 275 dollars, non remboursables, pour une candidature au MBA. L'école prévoit un tarif réduit à 100 dollars pour les candidats en dernière année d'un cursus, une exonération pour les militaires américains d'active, les vétérans honorablement libérés et les réservistes, et des exonérations pour difficultés financières extrêmes, attribuées dans l'ordre d'arrivée et soumises à une date limite de dépôt. Harvard Business School annonce également une exonération de frais fondée sur les ressources, sans que le montant du droit d'inscription figure sur la page consultée.
L'addition. Une campagne classique de six écoles au tarif observé chez Stanford représente 1 650 dollars de seuls frais de dossier, auxquels s'ajoutent le test — 275 dollars minimum, davantage en cas de reprise — et les relevés au-delà des cinq inclus. Le plafond réglementaire de huit passages du GMAT au cours d'une vie, fixé par le GMAC, borne par ailleurs toute stratégie de reprise en série, indépendamment du budget.
Ce que cette enquête n'a pas pu chiffrer sur une source publique : le coût des cabinets de conseil en admission, dont les tarifs ne sont pas publiés de manière comparable, et le coût des programmes de préparation privés, qui varient d'un ordre de grandeur d'un prestataire à l'autre.
Ce que cette enquête n'a pas pu établir
Quatre limites, à lire avant toute décision.
Aucune école ne publie de taux d'admission par tranche de score. C'est l'information que cherche réellement un candidat, et elle n'existe nulle part en accès public. Les fourchettes publiées décrivent la distribution des admis, pas la probabilité d'être admis à un niveau donné. Un intervalle 645-735 ne dit rien du nombre de candidats à 650 qui ont été refusés.
Le poids exact des scores dans les classements n'a pas pu être vérifié. La page de méthodologie du principal classement américain de business schools n'a pas répondu aux tentatives de consultation automatisée à la date de rédaction. L'enquête se borne donc à constater que des compilations annuelles de scores existent, sont largement reprises, et ne couvrent que les écoles qui publient.
Les données européennes sont trop lacunaires pour être comparées. Un seul établissement du continent, l'IESE, publie une fourchette exploitable. Les autres écoles consultées ne publient pas de score, ou leur page de profil était inaccessible. Le contraste relevé entre l'Europe et les États-Unis porte donc sur la disponibilité de l'information, et non sur le niveau réel exigé, qui reste inconnu.
Les moyennes citées mélangent des grandeurs différentes. Certaines sont des moyennes, d'autres des médianes ; certaines sont publiées par l'école, d'autres déduites par conversion d'échelle par un tiers. Les figures de cette enquête indiquent à chaque fois de quel type il s'agit, mais la plupart des tableaux disponibles ailleurs ne le font pas.
FAQ
Un score de 645 suffit-il pour Harvard ?
La question n'a pas de réponse en soi, et aucune donnée publique ne permet d'en donner une. Ce que Harvard publie pour sa promotion 2027, c'est une médiane GMAT Focus de 685 et un intervalle central de 645 à 735, ce qui signifie qu'un admis sur dix se situe sous 645. L'école ne publie ni taux d'admission par tranche de score, ni pondération du test dans sa décision.
Faut-il présenter un GMAT ou un GRE ?
Les deux tests sont acceptés par la quasi-totalité des grands programmes, et le GRE progresse vite : 35,8 % des admis de la promotion 2027 dans vingt-six écoles américaines, 42,4 % dans les sept plus sélectives, contre 12,8 % en 2017. Le niveau moyen de GRE présenté, lui, n'a quasiment pas bougé en quatre ans, passant de 323,6 à 324 en score combiné.
Pourquoi une même école affiche-t-elle deux moyennes GMAT ?
Parce que deux échelles cohabitent. Les scores obtenus avant février 2024 sont notés de 200 à 800 et restent valables cinq ans ; ceux obtenus depuis sont notés de 205 à 805. Chicago Booth publie ainsi, pour sa seule promotion 2027, une moyenne de 729 sur l'ancienne échelle et de 670 sur la nouvelle. Les deux nombres décrivent les mêmes étudiants.
Combien coûte une candidature en MBA, hors scolarité ?
Le test coûte de l'ordre de 275 dollars ou euros en centre d'examen, 300 en ligne, avec cinq relevés inclus si les écoles sont désignées sous quarante-huit heures. Les frais de dossier atteignent 275 dollars non remboursables à Stanford, avec un tarif réduit à 100 dollars pour les candidats en dernière année et des exonérations pour les militaires et les situations de précarité. Six candidatures à ce tarif représentent 1 650 dollars de frais de dossier seuls.
L'enquête en slides









